domingo, 25 de setembro de 2016

"Je suis fière d’être une Française laïque et républicaine"


J’ai grandi dans un village près de Perpignan, dans un lotissement d’une vingtaine de maisons. Mes parents sont d’origine marocaine, je côtoyais des Français, des Espagnols, des Catalans et des pieds-noirs, mon voisin était juif… Nous étions bien ensemble, les croyants vivaient leur foi discrètement, nous nous invitions mutuellement pour les fêtes, l’Aïd ou Noël… J’allais aux bals populaires, j’avais le droit de sortir avec des garçons. C’était un autre monde. Aujourd’hui, je travaille au sein d’un collège fortement marqué par la non-mixité. En sortant de cours, des jeunes filles de 13 ou 14 ans se servent des vitres de l’établissement comme d’un miroir pour ajuster leur voile. Est-ce pour elles un choix ? Ont-elles conscience qu’il leur est imposé ? Elles ne le reconnaissent jamais et disent qu’ainsi, elles s’achètent une paix dans le quartier… Je n’ai rien contre la religion à partir du moment où c’est un choix librement réfléchi et consenti. Or dans quelle mesure les femmes qui portent un burkini sont-elles libres ? Ce n’est pas ma vision de la liberté.

Je suis fière d’être une Française laïque et républicaine. Je veux vivre au sein d’une République laïque. Je veux former des libres penseurs, et je suis prête à revendiquer ma liberté. Ici, je continue à recevoir les parents d’élèves habillée en tailleur et en talons, et ça ne me pose aucun problème. Mais il faut savoir que certains parents n’ont plus de contacts avec la société française, qu’ils ne parlent pas français, et ne côtoient pas d’autres façons de vivre. Voilà le résultat du manque de mixité, des politiques aboutissant à la concentration de populations identiques au sein d’un même quartier. Les actes de terrorisme rejaillissent sur nous tous.

A mes enfants qui s’interrogent, j’explique qu’il y a beaucoup de gens qui se perdent dans la religion… Comment en est-on arrivé là ? Je suis assez pessimiste sur l’évolution des choses à court terme mais travaillant dans une école, je dois conserver mon optimiste. Je souris en voyant, à la sortie des classes, des filles maquillées rigoler avec leurs copines voilées. C’est aussi ça, la cohabitation. C’est en vivant ensemble que les gens s’adaptent et évoluent. J’espère qu’un jour tous ces jeunes se sentiront enfants de la République et pas enfants d’un quartier, ou d’une religion.


Nadia, 45 ans, athée, principale adjointe de collège, Montpellier (Hérault)

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