terça-feira, 1 de novembro de 2016

Lettre de Napoléon à Joséphine de Beauharnais


Le 15 août 1769, naissait le futur Empereur de France, Napoléon Bonaparte. Jeune général de brigade pendant la Révolution Française, il rencontre Joséphine de Beauharnais : commence alors une grande correspondance amoureuse. Le génie militaire, le despote que craignait toute l’Europe y apparaît sous un jour inconnu, tendre et sentimental, aussi hardi qu’absolu : Napoléon l’amoureux.

Joséphine, tu devais partir le 5 de Paris ; tu devais partir, le 11 ; tu n’étais pas partie, le 12… Mon âme s’était ouverte à la joie ; elle est remplie de douleur. Tous les courriers arrivent sans m’apporter de tes lettres… Quand tu m’écris, le peu de mots, le style n’est jamais d’un sentiment profond.
Tu m’as aimé par un léger caprice ; tu sens déjà combien il serait ridicule qu’il arrête ton cœur. Il me paraît que tu as fait ton choix et que tu sais à qui t’adresser pour me remplacer. Je te souhaite bonheur, si l’inconstance peut en obtenir ; je ne dis pas la perfidie… Tu n’as jamais aimé… J’avais pressé mes opérations ; je te calculais, le 13, à Milan, et tu es encore à Paris. Je rentre dans mon âme ; j’étouffe un sentiment indigne de moi ; et si la gloire ne suffit pas à mon bonheur, elle fournit l’élément de la mort et de l’immortalité… Quant à toi, que mon souvenir ne te soit pas odieux. Mon malheur est de t’avoir peu connue ; le tien, de m’avoir jugé comme les hommes qui t’environnent. Mon cœur ne sentit jamais rien de médiocre… il s’était défendu de l’amour ; tu lui as inspiré une passion sans bornes, une ivresse qui le dégrade. Ta pensée était dans mon âme avant celle de la nature entière ; ton caprice était pour moi une loi sacrée ; pouvoir te voir était mon souverain bonheur ; tu es belle, gracieuse ; ton âme douce et céleste se peint sur ta physionomie. J’adorais tout en toi ; plus naïve, plus jeune, je t’eusse aimée moins.

Tout me plaisait, jusqu’au souvenir de tes erreurs et de la scène affligeante qui précéda de quinze jours notre mariage ; la vertu était pour moi ce que tu faisais ; l’honneur, ce qui te plaisait ; la gloire n’avait d’attrait dans mon cœur que parce qu’elle t’était agréable et flattait ton amour-propre. Ton portrait était toujours sur mon cœur ; jamais une pensée sans le voir et le couvrir de baisers. Toi, tu as laissé mon portrait six mois sans le retirer ; rien ne m’a échappé. Si je continuais, je t’aimerais seul, et de tous les rôles, c’est le seul que je ne puis adopter. Joséphine, tu eusses fait le bonheur d’un homme moins bizarre. Tu as fait mon malheur, je t’en préviens. Je le sentis lorsque mon âme s’engageait, lorsque la tienne gagnait journellement un empire sans bornes et asservissait tous mes sens. Cruelle !!! Pourquoi m’avoir fait espérer un sentiment que tu n’éprouvais pas !!!
Mais le reproche n’est pas digne de moi. Je n’ai jamais cru au bonheur. Tous les jours, la mort voltige autour de moi… La vie vaut-elle la peine de faire tant de bruit !!! Adieu, Joséphine, reste à Paris, ne m’écris plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent mon cœur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur, ma vie, tout ce qui existait pour moi sur la terre.

B…

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