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quarta-feira, 26 de dezembro de 2018

Lettre de Vita Sackville-West à Virginia Woolf


Vita Sackville-West (9 mars 1892 – 2 juin 1962) et Virginia Woolf (25 janvier 1882 – 28 mars
1941), toutes deux écrivaines, se rencontrèrent en 1923, lors d’un dîner chez un ami commun, Clive Bell. Très vite, leur amitié se transforma en liaison amoureuse. Vita, dont l’époux était un diplomate anglais, était souvent affectée à de longs périples hors des îles britanniques. Ces voyages étaient prétextes à des lettres d’amour magnifiques, viscérales, présentant l’autre comme un essentiel vital, dont celle-ci que Vita écrivit après avoir tout avoué à Virginia concernant sa liaison avec Mary Campbell.


Vendredi matin [11 novembre 1927]

Je suis terriblement malheureuse depuis hier soir. Je me suis aperçue subitement que ma vie entière était un échec, dans la mesure où je me suis révélée incapable de créer une seule relation humaine parfaite — Que puis-je y faire, Virginia ? Montrer plus de résolution, je suppose. De toute façon, je ne créerai plus jamais l’occasion de nouvelles erreurs ! Ma chérie, je te suis reconnaissante ; tu as mille fois raisons de dire ce que tu as dit ; ça m’a donné du ressort ; je me laisse trop facilement aller à la dérive.

Mais écoute-moi bien, il faut que tu saches et que tu croies que tu représentes à mes yeux quelque chose d’absolument vital. Je n’exagère nullement en disant que je ne sais vraiment ce que je deviendrais si tu cessais d’avoir de l’affection pour moi, — si j’en venais à t’irriter, — à t’ennuyer. Tu m’as énormément troublée en me parlant de Clive comme tu l’as fait. À coup sûr, tu ne pouvais songer à rien de sérieux ? Oh non, ce serait par trop impensable. Je ne veux pas me tourmenter pour cela — Il y a tellement d’autres choses qui me tourmentent !

Ma chérie, pardonne-moi mes fautes. En mon for intérieur je les hais, et je sais que tu as raison. Mais ce sont des petits défauts idiots de surface. Mon amour pour toi est absolument vrai, vivant et inaltérable.

terça-feira, 29 de novembro de 2016

Lettre d’Erich Maria Remarque à Marlene Dietrich


Erich Maria Remarque (1898-1970) rencontre Marlene Dietrich (1901-1992) à Venise en 1937. Les premières années de leur relation s’accompagnent d’une correspondance passionnée, dont demeurent surtout les lettres de l’écrivain à l’« ange bleu » du cinéma allemand. Dans cette lettre écrite peu après la Noël 1937, l’élan lyrique prend des accents cosmiques.

Quand je suis rentré auprès des chiens, des tapis, des tableaux, du lac et enfin du soleil, j’ai pensé que je serais très content. Mais l’après-midi s’est obscurci, bien que rien ne se fût passé, et, peu à peu, tout s’est replié en un sentiment de manque misérable auquel je pendais comme à un parachute, et je m’y suis senti étranger, j’étais prêt à le quitter, et je ne voulais rien d’autre que cela : être seul quelque part avec toi, au-delà du temps, au-delà de tous les liens et de toutes les entraves des années, au-delà des pensées et des souvenirs, au-delà de moi-même et de ma vie gâchée et détruite —

Et puis il y a eu ton appel et j’étais seul avec toi — seul par-delà le monde entier, seul avec ta tendre voix — et pourquoi le nier, mes mains tremblaient et, après, j’ai dû regarder plusieurs fois dans la glace : je pensais que tout le monde devait lire sur mon visage et que je devais rayonner de bonheur.

Chérie — je ne sais pas ce que cela donnera, d’ailleurs je ne veux pas le savoir. Je n’arrive pas à imaginer que je puisse un jour aimer quelqu’un d’autre. Je ne veux pas dire, aimer comme je t’aime toi, — non, même aimer d’un petit amour. Il ne me reste plus rien. Tout est auprès de toi. Non seulement l’amour. Mais aussi toute la vie qui tremble derrière mes yeux. Mes mains sont tes mains, mon front est ton front, et toutes mes pensées sont imbibées de toi comme le lin blanc des Coptes, de la pourpre millénaire qui ne pâlit jamais, et de la couleur impériale du safran doré.

Doux arc-en-ciel devant l’orage de ma vie en train de s’éloigner ! Vent, lourd d’humidité et de senteurs de jardins étrangers, doux vent de jeunesse venant de forêts oubliées, vent d’enfant au-dessus des champs durs, craquelés de mon existence, chant d’oiseau au-dessus de terres brûlées, douce flûte de berger parlant de rêves enfuis, toi, mélodie venant d’un temps inimaginablement lointain, que je ne cherchais déjà plus depuis longtemps —

Que tu sois née ! Qu’après des millions d’années, la trajectoire de ta vie ait rencontré les rares trajectoires — feux follets — de la mienne ! Ô créature de Noël ! Cadeau, jamais cherché, jamais demandé, parce que jamais cru possible ! Et que tout n’ait pas été détruit ! Que mes yeux gardent encore suffisamment de leur ancienne lumière pour te voir et te reconnaître, que mes mains aient été suffisamment sensibles encore pour te saisir et te tenir ! Doux arc-en-ciel avant que viennent la nuit et l’abandon éternel.

Ai-je seulement vécu, avant toi ? Pourquoi donc ai-je déchiré et laissé choir ma vie sans y prendre garde ? Toi qui m’étais prédestinée ! Il est bon que je l’aie fait. Je l’ai oubliée avant même d’avoir fini de la vivre. Et, maintenant, c’est comme si toutes ces années tombaient, feuilles sèches, et je suis très vieux et très jeune à la fois, et comme rien n’est resté, rien n’a pu rester, qui m’étais prédestinée !

Orion est placé haut dans le ciel, la neige luit sur les montagnes, le lac bruit et la nuit de nouvelle lune tempête, dehors. Elle tempête et pousse le temps devant elle, le temps qui nous sépare, la sombre montagne de nuages des journées sans toi. Des journées longues, vides et pourtant remplies en même temps, tristes et pourtant pleines de bonheur, mouvementées et non plus indifférentes, insipides et sans but — les eaux de la vie remontent de nouveau, les sources coulent et, tâtonnant à travers le sable et l’entrelacs des racines, arrivent à la surface, atteignent la lumière pour monter et se changer en nuage, nuage et pluie et rosée dans le cercle mystique du devenir et de la mort —

Rosée au-dessus des champs de narcisses en mai
Douce terre sombre
Et douce source ruisseau et fleuve —
Et larmes —
Très-aimée — ne mourons jamais —

terça-feira, 1 de novembro de 2016

Lettre de Napoléon à Joséphine de Beauharnais


Le 15 août 1769, naissait le futur Empereur de France, Napoléon Bonaparte. Jeune général de brigade pendant la Révolution Française, il rencontre Joséphine de Beauharnais : commence alors une grande correspondance amoureuse. Le génie militaire, le despote que craignait toute l’Europe y apparaît sous un jour inconnu, tendre et sentimental, aussi hardi qu’absolu : Napoléon l’amoureux.

Joséphine, tu devais partir le 5 de Paris ; tu devais partir, le 11 ; tu n’étais pas partie, le 12… Mon âme s’était ouverte à la joie ; elle est remplie de douleur. Tous les courriers arrivent sans m’apporter de tes lettres… Quand tu m’écris, le peu de mots, le style n’est jamais d’un sentiment profond.
Tu m’as aimé par un léger caprice ; tu sens déjà combien il serait ridicule qu’il arrête ton cœur. Il me paraît que tu as fait ton choix et que tu sais à qui t’adresser pour me remplacer. Je te souhaite bonheur, si l’inconstance peut en obtenir ; je ne dis pas la perfidie… Tu n’as jamais aimé… J’avais pressé mes opérations ; je te calculais, le 13, à Milan, et tu es encore à Paris. Je rentre dans mon âme ; j’étouffe un sentiment indigne de moi ; et si la gloire ne suffit pas à mon bonheur, elle fournit l’élément de la mort et de l’immortalité… Quant à toi, que mon souvenir ne te soit pas odieux. Mon malheur est de t’avoir peu connue ; le tien, de m’avoir jugé comme les hommes qui t’environnent. Mon cœur ne sentit jamais rien de médiocre… il s’était défendu de l’amour ; tu lui as inspiré une passion sans bornes, une ivresse qui le dégrade. Ta pensée était dans mon âme avant celle de la nature entière ; ton caprice était pour moi une loi sacrée ; pouvoir te voir était mon souverain bonheur ; tu es belle, gracieuse ; ton âme douce et céleste se peint sur ta physionomie. J’adorais tout en toi ; plus naïve, plus jeune, je t’eusse aimée moins.

Tout me plaisait, jusqu’au souvenir de tes erreurs et de la scène affligeante qui précéda de quinze jours notre mariage ; la vertu était pour moi ce que tu faisais ; l’honneur, ce qui te plaisait ; la gloire n’avait d’attrait dans mon cœur que parce qu’elle t’était agréable et flattait ton amour-propre. Ton portrait était toujours sur mon cœur ; jamais une pensée sans le voir et le couvrir de baisers. Toi, tu as laissé mon portrait six mois sans le retirer ; rien ne m’a échappé. Si je continuais, je t’aimerais seul, et de tous les rôles, c’est le seul que je ne puis adopter. Joséphine, tu eusses fait le bonheur d’un homme moins bizarre. Tu as fait mon malheur, je t’en préviens. Je le sentis lorsque mon âme s’engageait, lorsque la tienne gagnait journellement un empire sans bornes et asservissait tous mes sens. Cruelle !!! Pourquoi m’avoir fait espérer un sentiment que tu n’éprouvais pas !!!
Mais le reproche n’est pas digne de moi. Je n’ai jamais cru au bonheur. Tous les jours, la mort voltige autour de moi… La vie vaut-elle la peine de faire tant de bruit !!! Adieu, Joséphine, reste à Paris, ne m’écris plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent mon cœur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur, ma vie, tout ce qui existait pour moi sur la terre.

B…

segunda-feira, 3 de outubro de 2016

Lettre de Paul Eluard à Gala


C’est à tout juste 17 ans que Paul Eluard, ambassadeur du surréalisme, rencontra Gala. Depuis ce moment son cœur n’en démordra pas, « il l’aimera de toute éternité comme la lumière fatale de [sa] naissance ». Bien avant que la jeune femme rencontre Dali (1929), pour lequel elle se sépara officiellement de l’écrivain, les tromperies faisaient rage, de manière effrontée avec Max Ernst par exemple, faisant sentir que la fin ne pouvait qu’être proche. Malgré tout, comme le prouve leur correspondance, Paul Eluard suivant son cœur ne pourra se détacher du lien qui l’unit avec son premier et unique amour.

Mon cher amour, mon doux amour,

Je suis encore couché aujourd’hui. Je viens de faire un rêve merveilleux, un de ses rêves de jour où les émotions physiques vous laissent au réveil toute la part du désir — et le désir qu’on traîne, ensuite, éveillé, ressemble tellement au plaisir du rêve. J’étais étendu sur un lit à côté d’un homme que je ne suis pas sûr d’identifier, mais un homme soumis, rêveur depuis toujours et pour toujours et silencieux. Je lui tourne le dos. Et tu viens t’allonger contre moi, énamourée, et tu me baises les lèvres doucement, très doucement et je caresse sous ta robe tes seins fluides et si vivants. Et tout doucement, ta main par-dessus moi, va chercher l’autre personnage et s’impose à son sexe. Je vois cela dans tes yeux qui se troublent lentement, de plus en plus. Et ton baiser devient plus chaud, plus humide, et tes yeux s’ouvrent de plus en plus. La vie de l’autre passe en toi et, bientôt, c’est comme si tu branlais un mort. Je m’éveille, grisé légèrement, incapable de renoncer à ce plaisir.

Il faut avouer que le retour à Arosa ne m’apparaît pas triste, que ce n’est d’ailleurs pas un retour à Arosa, mais un retour à toi, par conséquent à mon amour. Par conséquent, je n’ai qu’une envie : te voir, te toucher, te baiser, te parler, t’admirer, te caresser, t’adorer, te regarder, je t’aime, je t’aime toi seulement, la plus belle et dans toutes les femmes je ne trouve que toi : toute la Femme, tout mon amour si grand, si simple

Je vais mieux. Philippon est ce matin, dit qu’il faut être prudent, mais que je n’ai rien à la poitrine. Il m’a donné pour le nez dont je souffrais beaucoup, une pommade cocaïne qui m’a instantanément calmé.

J’ai tout le temps pensé à t’envoyer des livres, mais il n’y a que trois jours que j’en ai trouvés. Et je les lis avant de les emporter, par prudence. Tu en auras au moins trois, dont deux qui te plairont, t’enchanteront sûrement.

Je répète dans toutes mes lettres que les robes vont bien et tu dois t’attendre à monts et merveilles. N’y crois pas trop. J’ai au contraire l’impression que ce sera tout juste. Enfin, pourvu que ma bien-aimée fasse l’amour toute nue — et aussi toute habillée !

J’ai reçu votre télégramme avant le sommeil décrit au verso. « Baisers », disait-il. C’est cela qui m’a tellement troublé. Et aussi des souvenirs ravivés, je vous dirai comment à Arosa. Mais je souffre terriblement de votre absence. J’ai de plus en plus la volonté d’aller mieux. J’ai été très flatté d’un compliment d’une petite Berlinoise très jolie rencontrée chez Crevel (que nous avions été voir à Berlin et qui voulait vendre deux petites Rousseau. Son mari était un [assez] joli garçon pédéraste, tu lui trouvais même « très beau ») : que j’étais « grand et beau, avec la taille mince et les épaules larges ». Qu’elle garde ses illusions ! Je considèrerais comme sacrilège de les lui enlever !! hi ! hi ! Je vous envoie d’autres photos de votre Jouk qui se montre « aussi » très « aimable » avec moi, reste sur mon lit. Je lui parle de vous. Il remue la queue, met son nez contre ma main.

Je partirai sans faute vendredi soir. Vous, vous devrez partir de Magadino samedi matin de bonne heure pour être à Arosa le soir, à moins que vous préfériez rester le dimanche à Magadino pour des raisons [sic]. Soyez sûre que je n’y trouverai pas à redire un mot. J’arrangerai tout à Arosa, dans ce cas, pour vous recevoir dignement. Mon désir de vous n’en sera pas moins grand.

En tout cas, ce qui est, c’est que votre image ne me quitte pas une minute, que je vous aime en tout : en vous, en toute chair aussi, en tout amour. Je suis votre mari pour toujours,

Paul.

segunda-feira, 26 de setembro de 2016

Lettre d’Alain Delon à Romy Schneider


Alain Delon et Romy Schneider se rencontrent en 1958, se fiancent un an plus tard et furent surtout les amants mythiques de La Piscine. Au-delà de leur séparation et du décès énigmatique de la belle Romy, l’estime et l’affection d’un des plus grands acteurs du cinéma français restent intacts : la preuve par cette lettre

Je te regarde dormir. Je suis auprès de toi, à ton chevet. Tu es vêtue d’une longue tunique noire et rouge, brodée sur le corsage. Ce sont des fleurs, je crois, mais je ne les regarde pas. Je te dis adieu, le plus long des adieux, ma Puppelé. C’est comme ça que je t’appelais. Ça voulait dire « Petite poupée » en allemand. Je ne regarde pas les fleurs mais ton visage et je pense que tu es belle, et que jamais peut-être tu n’as été aussi belle. Je pense aussi que c’est la première fois de ma vie – et de la tienne – que je te vois sereine et apaisée. Comme tu es calme, comme tu es fine, comme tu es belle. On dirait qu’une main, doucement, a effacé sur ton visage toutes les crispations, toutes les angoisses du malheur.

Je te regarde dormir. On me dit que tu es morte. Je pense à toi, à moi, à nous. De quoi suis-je coupable ? On se pose cette question devant un être que l’on a aimé et que l’on aime toujours. Ce sentiment vous inonde, puis reflue et puis l’on se dit que l’on n’est pas coupable, non, mais responsable… Je le suis. À cause de moi, c’est à Paris que ton cœur, l’autre nuit, s’est arrêté de battre. A cause de moi parce que c’était il y a vingt-cinq ans et que j’avais été choisi pour être ton partenaire dans « Christine ». Tu arrivais de Vienne et j’attendais, à Paris, avec un bouquet de fleurs dans les bras que je ne savais comment tenir. Mais les producteurs du film m’avaient dit : « Lorsqu’elle descendra de la passerelle, vous vous avancerez vers elle et lui offrirez ces fleurs ». Je t’attendais avec mes fleurs, comme un imbécile, mêlé à une horde de photographes. Tu es descendue. Je me suis avancé. Tu as dit à ta mère : « Qui est ce garçon ? ». Elle t’a répondu : « Ce doit être Alain Delon, ton partenaire… ». Et puis rien, pas de coup de foudre, non. Et puis, je suis allé à Vienne où l’on tournait le film. Et là, je suis tombé amoureux fou de toi. Et tu es tombée amoureuse de moi. Souvent, nous nous sommes posés l’un à l’autre cette question d’amoureux : « Qui est tombé amoureux le premier, toi ou moi ? ». Nous comptions : « Un, deux, trois ! » et nous répondions : « Ni toi, ni moi ! Ensemble ! ». Mon Dieu, comme nous étions jeunes, et comme nous avons été heureux. A la fin du film, je t’ai dit : « Viens vivre avec moi, en France » et déjà tu m’avais dit : « Je veux vivre près de toi, en France ». Tu te souviens, alors ? Ta famille, tes parents, furieux. Et toute l’Autriche, toute l’Allemagne qui me traitaient… d’usurpateur, de kidnappeur, qui m’accusaient d’enlever « l’Impératrice » ! Moi, un Français, qui ne parlais pas un mot d’allemand. Et toi, Puppelé, qui ne parlais pas un mot de français.

Nous nous sommes aimés sans mots, au début. Nous nous regardions et nous avions des rires. Puppelé… Et moi j’étais « Pépé ». Au bout de quelques mois, je ne parlais toujours pas l’allemand mais tu parlais français et si bien que nous avons joué au théâtre, en France. Visconti faisait la mise en scène. Il nous disait que nous nous ressemblions et que nous avions, entre les sourcils, le même V qui se fronçait, de colère, de peur de la vie et d’angoisse. Il appelait ça le « V de Rembrandt » parce que, disait-il, ce peintre avait ce « V » sur ses autoportraits. Je te regarde dormir. « Le V de Rembrandt » est effacé… Tu n’as plus peur. Tu n’es plus effrayée. Tu n’es plus aux aguets. Tu n’es plus traquée. La chasse est finie et tu te reposes.

quarta-feira, 14 de setembro de 2016

Lettre de Marcel Proust à Reynaldo Hahn


C’est dans un salon parisien que Reynaldo Hahn fait la connaissance de Marcel Proust, alors qu’il chante ses mélodies en s’accompagnant au piano. Ils deviennent alors amants jusqu’en 1896 puis puis préserveront leur amitié jusqu’à la mort de l’écrivain. Emmanuel Berl écrira ceci : « Reynaldo Hahn a été sans doute un des êtres que Proust a le plus aimés. Quiconque a pu approcher un tant soit peu Reynaldo Hahn le comprend sans peine. Sa conversation avait un grand charme qui ne tenait pas seulement à son talent de musicien et de chanteur, mais à l’étendue de sa culture, à son usage du monde, à un enthousiasme généreux et narquois, dont on subissait aussitôt la contagion, à une disponibilité qui est à la fois un attribut de l’intelligence et une forme de la bonté ». Retour épistolaire sur une relation tendre et tourmentée avec une lettre datant de l’année de leur séparation.

Notre amitié n’a plus le droit de rien dire ici, elle n’est pas assez forte pour cela maintenant. Mais son passé me crée le devoir de ne pas commettre des actes aussi stupides aussi méchants et aussi lâches sans tâcher de réveiller votre conscience et de vous le faire sinon avouer — puisque votre orgueil vous le défend — au moins sentir, ce qui pour votre bien est l’utile. Quand vous m’avez dit que vous restiez à souper ce n’est pas la première preuve d’indifférence que vous me donniez. Mais quand deux heures après, après nous être parlé gentiment, après toute la diversion de vos plaisirs musicaux, sans colère, froidement, vous m’avez dit que vous ne reviendriez pas avec moi, c’est la première preuve de méchanceté que vous m’ayez donné [sic]. Vous aviez facilement sacrifié, comme bien d’autres fois, le désir de me faire plaisir, à votre plaisir qui était de rester à souper. Mais vous l’avez sacrifié à votre orgueil qui était de ne pas paraître désirer rester à souper.

Et comme c’était un dur sacrifice, et que j’en étais la cause, vous avez voulu me le faire chèrement payer. Je dois dire que vous avez pleinement réussi. Mais vous agissez en tout cela comme un insensé. Vous me disiez ce soir que je me repentirais un jour de ce que je vous avais demandé. Je suis loin de vous dire la même chose. Je ne souhaite pas que vous vous repentiez de rien, parce que je ne souhaite pas que vous ayez de la peine, par moi surtout. Mais si je ne le souhaite pas, j’en suis presque sûr.

Malheureux, vous ne comprenez donc pas ces luttes de tous les jours et de tous les soirs où la seule crainte de vous faire de la peine m’arrête. Et vous ne comprenez pas que, malgré moi, quand ce sera l’image d’un Reynaldo qui depuis q.q. temps ne craint plus jamais de me faire de la peine, même le soir, en nous quittant, quand ce sera cette image qui reviendra, je n’aurai plus d’obstacle à opposer à mes désirs et que rien ne pourra plus m’arrêter. Vous ne sentez pas le chemin effrayant que tout cela a fait depuis q.q. temps que je sens combien je suis devenu peu pour vous, non par vengeance, ou rancune, vous pensez que non, n’est-ce pas, et je n’ai pas besoin de vous le dire, mais inconsciemment, parce que ma grande raison d’agit disparaît peu à peu.

Tout aux remords de tant de mauvaises pensées, de tant de aurais et bien lâches projets je serai bien loin de dire que je vaux mieux que vous. Mais au moins au moment même, quand je n’étais pas loin de vous et sous l’empire d’une suggestion quelconque je n’ai jamais hésité entre ce qui pouvait vous faire de la peine et le contraire. Et si q.q. chose m’en faisait et était pour vous un plaisir sérieux comme Reviers, je n’ai jamais hésité.

Pour le reste je ne regrette rien de ce que j’ai fait. J’en arrive à souhaiter que le désir de me faire plaisir ne fut pour rien, fut nul en vous. Sans cela pour que de pareilles misères auxquelles vous êtes plus attaché que vous ne croyez aient pu si souvent l’emporter il faudrait qu’elles aient sur vous un empire que je ne crois pas. Tout cela ne serait que faiblesse, orgueil et pose pour la force. Aussi je ne crois pas tout cela, je crois seulement que de même façon que je vous aime beaucoup moins, vous ne m’aimez plus du tout, et [de ] cela mon cher petit Reynaldo je ne peux pas vous en vouloir.

Et cela ne change rien pour le moment et ne m’empêche pas de vous dire que je vous aime bien tout de même.

Votre petit Marcel étonné malgré tout de voir à ce point —

Que peu de temps suffit à changer toutes choses

et que cela ira de plus en plus vite. Réfléchissez sur tout cela mon petit Blaise et si cela nourrit votre pensée de poète et votre génie de musicien, j’aurai du moins la douceur de penser que je ne vous ai pas [été] inutile […]

Marcel

terça-feira, 13 de setembro de 2016

"Desculpe o transtorno, preciso falar da Clarice"


Conheci ela no jazz. Essa frase pode parecer romântica se você imaginar alguém tocando Cole Porter num subsolo esfumaçado de Nova York. Mas o jazz em questão era aquela aula de dança que todas as garotas faziam nos anos 1990 –onde ouvia-se tudo menos jazz. Ela fazia jazz. Minha irmã fazia jazz. Eu não fazia jazz mas ia buscar minha irmã no jazz. Ela estava lá. Dançando. Nunca vou me esquecer: a música era "You Oughta Know", da Alanis.

Quando as meninas se jogavam no chão, ela ficava no alto. Quando iam pra ponta dos pés, ela caía de joelhos. Quando se atiravam pro lado, trombavam com ela que se lançava pro lado oposto. Os olhos, sempre imensos e verdes, deixavam claro que ela não fazia ideia do que estava fazendo. Foi paixão à primeira vista. Só pra mim, acho.

Passamos algumas madrugadas conversando no ICQ ao som de Blink 182 e Goo Goo Dolls. De lá, migramos pro MSN. Do MSN pro Orkut, do Orkut pro inbox, do inbox pro SMS.


Começamos a namorar quando ela tinha 20 e eu 23, mas parecia que a vida começava ali. Vimos todas as séries. Algumas várias vezes. Fizemos todas as receitas existentes de risoto. Queimamos algumas panelas de comida porque a conversa tava boa. Escolhemos móveis sem pesquisar se eles passavam pela porta. Escrevemos juntos séries, peças de teatro, filmes. Fizemos uma dúzia de amigos novos e junto com eles o Porta dos Fundos. Fizemos mais de 50 curtas só nós dois —acabei de contar. Sofremos com os haters, rimos com os shippers. Viajamos o mundo dividindo o fone de ouvido. Das dez músicas que mais gosto, sete foi ela que me mostrou. As outras três foi ela que compôs. Aprendi o que era feminismo e também o que era cisgênero, gas lighting, heteronormatividade, mansplaining e outras palavras que o Word tá sublinhando de vermelho porque o Word não teve a sorte de ser casado com ela.

Um dia, terminamos. E não foi fácil. Choramos mais que no final de "How I Met Your Mother". Mais que no começo de "Up". Até hoje, não tem um lugar que eu vá em que alguém não diga, em algum momento: cadê ela? Parece que, pra sempre, ela vai fazer falta. Se ao menos a gente tivesse tido um filho, eu penso. Levaria pra sempre ela comigo.

Essa semana, pela primeira vez, vi o filme que a gente fez juntos —não por acaso uma história de amor. Achei que fosse chorar tudo de novo. E o que me deu foi uma felicidade muito profunda de ter vivido um grande amor na vida. E de ter esse amor documentado num filme —e em tantos vídeos, músicas e crônicas. Não falta nada.