Mostrar mensagens com a etiqueta Marcel Proust. Mostrar todas as mensagens
Mostrar mensagens com a etiqueta Marcel Proust. Mostrar todas as mensagens

segunda-feira, 10 de julho de 2017

Lettre de Marcel Proust à Reynaldo Hahn


C’est dans un salon parisien que Reynaldo Hahn fait la connaissance de Marcel Proust, alors qu’il chante ses mélodies en s’accompagnant au piano. Ils deviennent alors amants jusqu’en 1896 puis maintiennent leur amitié jusqu’à la mort de l’écrivain. Emmanuel Berl écrit : « Reynaldo Hahn a été sans doute un des êtres que Proust a le plus aimés. Quiconque a pu approcher un tant soit peu Reynaldo Hahn le comprend sans peine. Sa conversation avait un grand charme qui ne tenait pas seulement à son talent de musicien et de chanteur, mais à l’étendue de sa culture, à son usage du monde, à un enthousiasme généreux et narquois, dont on subissait aussitôt la contagion, à une disponibilité qui est à la fois un attribut de l’intelligence et une forme de la bonté ». Retour épistolaire sur une relation tendre et tourmentée, à l’occasion de la commémoration de la mort de l’écrivain (18 novembre 1922), avec une lettre datant de l’année de leur séparation.


Notre amitié n’a plus le droit de rien dire ici, elle n’est pas assez forte pour cela maintenant. Mais son passé me crée le devoir de ne pas commettre des actes aussi stupides aussi méchants et aussi lâches sans tâcher de réveiller votre conscience et de vous le faire sinon avouer — puisque votre orgueil vous le défend — au moins sentir, ce qui pour votre bien est l’utile. Quand vous m’avez dit que vous restiez à souper ce n’est pas la première preuve d’indifférence que vous me donniez. Mais quand deux heures après, après nous être parlé gentiment, après toute la diversion de vos plaisirs musicaux, sans colère, froidement, vous m’avez dit que vous ne reviendriez pas avec moi, c’est la première preuve de méchanceté que vous m’ayez donné [sic]. Vous aviez facilement sacrifié, comme bien d’autres fois, le désir de me faire plaisir, à votre plaisir qui était de rester à souper. Mais vous l’avez sacrifié à votre orgueil qui était de ne pas paraître désirer rester à souper.

Et comme c’était un dur sacrifice, et que j’en étais la cause, vous avez voulu me le faire chèrement payer. Je dois dire que vous avez pleinement réussi. Mais vous agissez en tout cela comme un insensé. Vous me disiez ce soir que je me repentirais un jour de ce que je vous avais demandé. Je suis loin de vous dire la même chose. Je ne souhaite pas que vous vous repentiez de rien, parce que je ne souhaite pas que vous ayez de la peine, par moi surtout. Mais si je ne le souhaite pas, j’en suis presque sûr.

Malheureux, vous ne comprenez donc pas ces luttes de tous les jours et de tous les soirs où la seule crainte de vous faire de la peine m’arrête. Et vous ne comprenez pas que, malgré moi, quand ce sera l’image d’un Reynaldo qui depuis q.q. temps ne craint plus jamais de me faire de la peine, même le soir, en nous quittant, quand ce sera cette image qui reviendra, je n’aurai plus d’obstacle à opposer à mes désirs et que rien ne pourra plus m’arrêter. Vous ne sentez pas le chemin effrayant que tout cela a fait depuis q.q. temps que je sens combien je suis devenu peu pour vous, non par vengeance, ou rancune, vous pensez que non, n’est-ce pas, et je n’ai pas besoin de vous le dire, mais inconsciemment, parce que ma grande raison d’agit disparaît peu à peu.

Tout aux remords de tant de mauvaises pensées, de tant de aurais et bien lâches projets je serai bien loin de dire que je vaux mieux que vous. Mais au moins au moment même, quand je n’étais pas loin de vous et sous l’empire d’une suggestion quelconque je n’ai jamais hésité entre ce qui pouvait vous faire de la peine et le contraire. Et si q.q. chose m’en faisait et était pour vous un plaisir sérieux comme Reviers, je n’ai jamais hésité.

Pour le reste je ne regrette rien de ce que j’ai fait. J’en arrive à souhaiter que le désir de me faire plaisir ne fut pour rien, fut nul en vous. Sans cela pour que de pareilles misères auxquelles vous êtes plus attaché que vous ne croyez aient pu si souvent l’emporter il faudrait qu’elles aient sur vous un empire que je ne crois pas. Tout cela ne serait que faiblesse, orgueil et pose pour la force. Aussi je ne crois pas tout cela, je crois seulement que de même façon que je vous aime beaucoup moins, vous ne m’aimez plus du tout, et [de ] cela mon cher petit Reynaldo je ne peux pas vous en vouloir.

Et cela ne change rien pour le moment et ne m’empêche pas de vous dire que je vous aime bien tout de même.

Votre petit Marcel étonné malgré tout de voir à ce point —

Que peu de temps suffit à changer toutes choses

et que cela ira de plus en plus vite. Réfléchissez sur tout cela mon petit Blaise et si cela nourrit votre pensée de poète et votre génie de musicien, j’aurai du moins la douceur de penser que je ne vous ai pas [été] inutile […]

Marcel

quarta-feira, 14 de setembro de 2016

Lettre de Marcel Proust à Reynaldo Hahn


C’est dans un salon parisien que Reynaldo Hahn fait la connaissance de Marcel Proust, alors qu’il chante ses mélodies en s’accompagnant au piano. Ils deviennent alors amants jusqu’en 1896 puis puis préserveront leur amitié jusqu’à la mort de l’écrivain. Emmanuel Berl écrira ceci : « Reynaldo Hahn a été sans doute un des êtres que Proust a le plus aimés. Quiconque a pu approcher un tant soit peu Reynaldo Hahn le comprend sans peine. Sa conversation avait un grand charme qui ne tenait pas seulement à son talent de musicien et de chanteur, mais à l’étendue de sa culture, à son usage du monde, à un enthousiasme généreux et narquois, dont on subissait aussitôt la contagion, à une disponibilité qui est à la fois un attribut de l’intelligence et une forme de la bonté ». Retour épistolaire sur une relation tendre et tourmentée avec une lettre datant de l’année de leur séparation.

Notre amitié n’a plus le droit de rien dire ici, elle n’est pas assez forte pour cela maintenant. Mais son passé me crée le devoir de ne pas commettre des actes aussi stupides aussi méchants et aussi lâches sans tâcher de réveiller votre conscience et de vous le faire sinon avouer — puisque votre orgueil vous le défend — au moins sentir, ce qui pour votre bien est l’utile. Quand vous m’avez dit que vous restiez à souper ce n’est pas la première preuve d’indifférence que vous me donniez. Mais quand deux heures après, après nous être parlé gentiment, après toute la diversion de vos plaisirs musicaux, sans colère, froidement, vous m’avez dit que vous ne reviendriez pas avec moi, c’est la première preuve de méchanceté que vous m’ayez donné [sic]. Vous aviez facilement sacrifié, comme bien d’autres fois, le désir de me faire plaisir, à votre plaisir qui était de rester à souper. Mais vous l’avez sacrifié à votre orgueil qui était de ne pas paraître désirer rester à souper.

Et comme c’était un dur sacrifice, et que j’en étais la cause, vous avez voulu me le faire chèrement payer. Je dois dire que vous avez pleinement réussi. Mais vous agissez en tout cela comme un insensé. Vous me disiez ce soir que je me repentirais un jour de ce que je vous avais demandé. Je suis loin de vous dire la même chose. Je ne souhaite pas que vous vous repentiez de rien, parce que je ne souhaite pas que vous ayez de la peine, par moi surtout. Mais si je ne le souhaite pas, j’en suis presque sûr.

Malheureux, vous ne comprenez donc pas ces luttes de tous les jours et de tous les soirs où la seule crainte de vous faire de la peine m’arrête. Et vous ne comprenez pas que, malgré moi, quand ce sera l’image d’un Reynaldo qui depuis q.q. temps ne craint plus jamais de me faire de la peine, même le soir, en nous quittant, quand ce sera cette image qui reviendra, je n’aurai plus d’obstacle à opposer à mes désirs et que rien ne pourra plus m’arrêter. Vous ne sentez pas le chemin effrayant que tout cela a fait depuis q.q. temps que je sens combien je suis devenu peu pour vous, non par vengeance, ou rancune, vous pensez que non, n’est-ce pas, et je n’ai pas besoin de vous le dire, mais inconsciemment, parce que ma grande raison d’agit disparaît peu à peu.

Tout aux remords de tant de mauvaises pensées, de tant de aurais et bien lâches projets je serai bien loin de dire que je vaux mieux que vous. Mais au moins au moment même, quand je n’étais pas loin de vous et sous l’empire d’une suggestion quelconque je n’ai jamais hésité entre ce qui pouvait vous faire de la peine et le contraire. Et si q.q. chose m’en faisait et était pour vous un plaisir sérieux comme Reviers, je n’ai jamais hésité.

Pour le reste je ne regrette rien de ce que j’ai fait. J’en arrive à souhaiter que le désir de me faire plaisir ne fut pour rien, fut nul en vous. Sans cela pour que de pareilles misères auxquelles vous êtes plus attaché que vous ne croyez aient pu si souvent l’emporter il faudrait qu’elles aient sur vous un empire que je ne crois pas. Tout cela ne serait que faiblesse, orgueil et pose pour la force. Aussi je ne crois pas tout cela, je crois seulement que de même façon que je vous aime beaucoup moins, vous ne m’aimez plus du tout, et [de ] cela mon cher petit Reynaldo je ne peux pas vous en vouloir.

Et cela ne change rien pour le moment et ne m’empêche pas de vous dire que je vous aime bien tout de même.

Votre petit Marcel étonné malgré tout de voir à ce point —

Que peu de temps suffit à changer toutes choses

et que cela ira de plus en plus vite. Réfléchissez sur tout cela mon petit Blaise et si cela nourrit votre pensée de poète et votre génie de musicien, j’aurai du moins la douceur de penser que je ne vous ai pas [été] inutile […]

Marcel

segunda-feira, 5 de outubro de 2015

"Zadig comme toi que je me mets à écrire"

Mon cher Zadig

Je t’aime beaucoup parceque tu as beauscoup de chasgrin et d’amour par même que moi ; et tu ne pouvais pas trouver mieux dans le monde entier. Mais je ne suis pas jaloux qu’il est plus avec toi parce que c’est juste et que tu es plus malheureux et plus aimant. Voici comment je le sais mon genstil chouen. Quand j’étais petit et que j’avais du chagrin pour quitter Maman, ou pour partir en voyage, ou pour me coucher, ou pour une jeune fille que j’aimais, j’étais plus malheureux qu’aujourd’hui d’abord parceque comme toi je n’étais pas libre comme je le suis aujourd’hui d’aller distraire mon chagrin et que j’étais renfermé avec lui, mais aussi parce que j’étais attaché aussi dans ma tête où je n’avais aucune idée, aucun souvenir de lecture, aucun projet où m’échapper. Et tu es ainsi Zadig, tu n’as jamais fait lectures et tu n’as pas idée. Et tu dois être bien malheureux quand tu es triste. Mais sache mon bon petit Zadig ceci, qu’une espèce de petit chouen que je suis dans ton genre, te dit et dit car il a été homme et toi pas. Cette intelligence ne nous sert qu’à remplacer ces impressions qui te font aimer et souffrir, par des facsimilés affaiblis qui font moins de chagrin et donnent moins de tendresse. Dans les rares moments où je retrouve toute ma tendresse, toute ma souffrance, c’est que je n’ai plus senti d’après ces fausses idées, mais d’après quelque chose qui est semblable en toi et en moi mon petit chouen. Et cela me semble tellement supérieur au reste qu’il n’y a que quand je suis redevenu chien, un pauvre Zadig comme toi que je me mets à écrire et il n’y a que les livres écrits ainsi que j’aime. Celui qui porte ton nom, mon vieux Zadig n’est pas du tout comme cela. C’est une petite dispute entre ton maître qui est aussi le mien et moi. Mais toi tu n’auras pas de querelles avec lui car tu ne penses pas. Chez Zadig nous sommes vieux et souffrants tous deux. Mais j’aimerais bien aller te faire souvent visite pour que tu me rapproches de ton petit maître au lieu de m’en séparer. Je t’embrasse de tout mon cœur et je vais envoyer à ton ami Reynaldo ta petite rançon.

Ton ami

Buncht.

(L’orthographe originale a été respectée)

terça-feira, 18 de novembro de 2014

Marcel Proust - 18/11/1922 - "Si je survis, on se verra"


Marcel Proust (10 juillet 1871 - 18 novembre 1922) restera comme l’un des immenses auteurs du XXème siècle, l’inventeur d’une forme littéraire inouïe, conçue comme une cathédrale, un écrivain classique et incontournable pour les futures générations. À l’âge de trente-cinq ans, il entame son œuvre colossale A la recherche du temps perdu à laquelle il consacrera sa vie entière. Mais sa santé est fragile, l’asthme dont il a toujours souffert s’accentue, et, victime d’une bronchite mal soignée, il sombre et écrit cette dernière lettre à son ami écrivain Henri Duvernois:


Mon cher ami,

Si vous saviez l’état où je suis, vous seriez stupéfait qu’un merveilleux hasard m’ait fait ouvrir votre lettre, qu’un plus merveilleux hasard me donne la force de vous répondre. En résumé pas de chèque actuellement je vous prie, il sera temps si je me tire de mon fâcheux accident de santé. Quant au « roman » comme il n’en reste rien faites arranger cela comme il vous plaira, ou jetez-le au feu. Je ne suis pas étonné qu’on n’ait rien compris à mes folles indications.

En effet après que j’ai [sic] cru avoir tout retiré on a calculé qu’il y avait encore 9 000 lignes en tout. Alors (l’accident de santé commençant) j’ai fait ôter tous les cahiers dactylographiés sans compter. Donc qu’on en enlève un peu plus, un peu moins, je m’en désintéresse. Si je me fatigue tant à vous écrire tout cela, c’est pour ne pas risquer que le livre (Gallimard) paraisse peu après. Je n’aurais aimé connaître personne plus que votre ami. Mais toute visite m’est interdite et impossible. Si je survis, on se verra. Précautions inutiles *** est idiot mais le seul qui ne se heurte pas à des inconvénients. Si j’ai une nouvelle heure de force j’écrirai au cher Robert de Flers de m’épargner après « une longue et douloureuse maladie vaillamment supportée » ce qui serait du reste faux car cela n’a rien à voir avec le reste. D’ailleurs je pense encore m’en tirer. Mais dans ce cas-là, que je préfère tout de même la convalescence qu’on me promet fait frémir.

segunda-feira, 11 de novembro de 2013

"A identidade cultural europeia é um diálogo" - por Umberto Eco


Cena do filme A Grande Ilusão de Jean Renoir

Em plena Primeira Grande Guerra Mundial, Marcel Proust criou personagens ainda atraídos pela cultura alemã. A prova, segundo o semiólogo Umberto Eco, de que os intercâmbios culturais contribuíram mais que tudo o resto para forjar a Europa de hoje.

Original aqui