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segunda-feira, 25 de fevereiro de 2019

"Antisémitisme et sombres manœuvres politiques" - Gabrielle Lefèvre


« Nous sommes juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

« Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.

« Nous sommes antisionistes parce la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.

« Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.

« Nous sommes antisionistes parce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.

« Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

« Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi … préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme,

Nous ne nous tairons pas. »

Ce texte admirable est signé par la Coordination nationale de l’UJFP (Union juive française pour la paix), ce 18 février 2019. (1) Il constitue la plus belle réponse à l’affirmation réitérée du président français Macron : « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme ».

quarta-feira, 9 de maio de 2018

"Maio, uma esperança de oceano" - Serge Halimi


É um momento precioso na vida de um povo. A tampa das leis sociais levanta-se. De repente, a resignação e os hábitos tornam-se assuntos de reflexão, e a seguir são postos em causa. O «rio das cidades cinzentas, e sem esperança de oceano» [1], encontra-se com outros, ilumina-se; e todos se juntam ao mar. O «porque não?» sucede ao «é como é!». Um contágio das sublevações – há cinquenta anos ainda não se falava de «convergência das lutas» – recorda que a história não acabou, que as reformas e as revoluções que a moldaram muitas vezes quiseram abolir a obrigação de obedecer e de suportar.

Em Maio de 1968, o ensaio geral não foi seguido de uma estreia. Uma sublevação marcada por uma das maiores greves operárias da história da humanidade teve até a sua posteridade manchada, porque as suas encarnações mais mediatizadas foram aquelas que correram pior. O dirigente estudantil Jacques Sauvageot, cuja vida foi ceifada no passado mês de Outubro, foi, pelo contrário, um dos rostos mais luminosos do movimento de Maio e, em consequência, dos mais irrecuperáveis. Ele viu neste movimento o «produto de colectivos que agiram numa perspectiva que ultrapassava as individualidades» [2]. Lembrou que os insurrectos de então reflectiam sobre a abolição do capitalismo, questão que, lamentava ele, «já não é colocada por muita gente». Ele e os seus camaradas recusavam uma «modernidade» mais fundada na racionalização do trabalho do que na sua partilha, ou na partilha das riquezas. A globalização a que eles aspiravam visava o «desenvolvimento necessário da solidariedade internacional», não a circulação cada vez mais rápida das mercadorias. Por fim, em Maio de 1968, o que eles pretendiam era combater um poder que pretendia, já nessa altura, «fazer da universidade uma empresa rentável» [3].

Estas memórias relativizam o novo discurso dominante que gostaria de constituir a oposição entre um progressismo cultural arraçado de Maio de 68 – que seria encarnado por Emmanuel Macron, Angela Merkel ou Justin Trudeau – e uma «democracia iliberal» à maneira húngara como o marcador de todos os confrontos políticos. É que, apesar das suas diferenças, o pluralismo das sociedades abertas e o autoritarismo nacionalista encontram-se para preservar o sistema económico e as relações de dominação dele decorrentes [4]. Apresentar o presidente francês como símbolo internacional da moderação democrática face aos «extremos» é, de resto, um paradoxo curioso numa altura em que ele afronta os sindicatos, põe em perigo o direito de asilo e parece ter como principal ambição que os «jovens franceses tenham vontade de se tornarem multimilionários».

Macron tinha previsto comemorar o Maio de 68. Essa festa teria sentido, mas se feita contra o «velho mundo» que ele representa. Esse mundo que, passados cinquenta anos, ainda se lembra do medo que sentiu e pretende completar a sua vingança.


Notas
[1] René Crevel, Détours, La Nouvelle Revue française, Paris, 1924.
[2] «Mémoire combattante: quelques écrits de Jacques Sauvageot», Contretemps, n.º 37, Paris, Abril de 2018.
[3] Segundo as palavras do reitor Jean Capelle, ao analisar um plano governamental de 1966 sobre o ensino superior.
[4] Ler Pierre Rimbert, «De Varsóvia a Washington, um Maio de 68 ao contrário», Le Monde diplomatique – edição portuguesa, Janeiro de 2018.


quinta-feira, 3 de maio de 2018

1968 - Paris


A 3 de maio de 1968, o reitor da Sorbonne, em Paris, chama a polícia para interromper uma assembleia estudantil e expulsar os estudantes. As manifestações ampliam-se, centenas de estudantes são presos e surgem as primeiras barricadas.

quarta-feira, 7 de fevereiro de 2018

"Zola is brought to trial"


On this day in 1898, French writer Emile Zola is brought to trial for libel for “J’Accuse,” his newspaper editorial attacking the French army over the Dreyfus affair.

Lettre à M. Félix Faure,

Président de la République

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ? Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre nom - j’allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis. Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis. Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus. Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c’est le lieutenant-colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il est l’affaire Dreyfus tout entière; on ne la connaîtra que lorsqu’une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses responsabilités. Il apparaît comme l’esprit le plus fumeux, le plus compliqué, hanté d’intrigues romanesques, se complaisant aux moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes mystérieuses qui colportent, de nuit, des preuves accablantes. C’est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus; c’est lui qui rêva de l’étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces; c’est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé d’une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de l’accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de lumière et surprendre ainsi son crime, dans l’émoi du réveil. Et je n’ai pas à tout dire, qu’on cherche, on trouvera. Je déclare simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d’instruire l’affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l’ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l’effroyable erreur judiciaire qui a été commise. Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort depuis de paralysie générale. Des «fuites» avaient lieu, des papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd’hui encore; et l’auteur du bordereau était recherché, lorsqu’un a priori se fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu’un officier de l’état-major, et un officier d’artillerie: double erreur manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu’il ne pouvait s’agir que d’un officier de troupe. On cherchait donc dans la maison, on examinait les écritures, c’était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans les bureaux mêmes, pour l’en expulser. Et, sans que je veuille refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty de Clam entre en scène, dès qu’un premier soupçon tombe sur Dreyfus. A partir de ce moment, c’est lui qui a inventé Dreyfus, l’affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le traître, de l’amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre de la Guerre, le général Mercier, dont l’intelligence semble médiocre ; il y a bien le chef de l’état-major, le général de Boisdeffre, qui paraît avoir cédé à sa passion cléricale, et le sous-chef de l’état-major, le général Gonse, dont la conscience a pu s’accommoder de beaucoup de choses. Mais, au fond, il n’y a d’abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui les hypnotise, car il s’occupe aussi de spiritisme, d’occultisme, il converse avec les esprits. On ne saurait concevoir les expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante. Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant ce temps, le malheureux s’arrachait la chair, hurlait son innocence. Et l’instruction a été faite ainsi, comme dans une chronique du XVe siècle, au milieu du mystère, avec une complication d’expédients farouches, tout cela basé sur une seule charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n’était pas seulement une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque tous sans valeur. Si j’insiste, c’est que l’oeuf est ici, d’où va sortir plus tard le vrai crime, l’épouvantable déni de justice dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt comment l’erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s’y laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilité dans cette erreur, qu’ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n’y a donc, de leur part, que de l’incurie et de l’inintelligence. Tout au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et aux préjugés de l’esprit de corps. Ils ont laissé faire la sottise. Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l’ennemi pour conduire l’empereur allemand jusqu’à Notre-Dame, qu’on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l’Histoire ; et naturellement la nation s’incline. Il n’y a pas de châtiment assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle voudra que le coupable reste sur son rocher d’infamie, dévoré par le remords. Est-ce donc vrai, les choses indicibles, les choses dangereuses, capables de mettre l’Europe en flammes, qu’on a dû enterrer soigneusement derrière ce huis clos? Non! il n’y a eu, derrière, que les imaginations romanesques et démentes du commandant du Paty de Clam. Tout cela n’a été fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s’en assurer, d’étudier attentivement l’acte d’accusation, lu devant le conseil de guerre. Ah! le néant de cet acte d’accusation ! Qu’un homme ait pu être condamné sur cet acte, c’est un prodige d’iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire, sans que leur coeurs bondisse d’indignation et crie leur révolte, en pensant à l’expiation démesurée, là-bas, à l’île du Diable. Dreyfus sait plusieurs langues, crime ; on n’a trouvé chez lui aucun papier compromettant, crime ; il va parfois dans son pays d’origine, crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime ; il ne se trouble pas, crime ; il se trouble, crime. Et les naïvetés de rédaction, les formelles assertions dans le vide! On nous avait parlé de quatorze chefs d’accusation : nous n’en trouvons qu’une seule en fin de compte, celle du bordereau ; et nous apprenons même que les experts n’étaient pas d’accord, qu’un d’eux, M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu’il se permettait de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il est certain que tous ne l’avaient pas chargé ; et il est à remarquer, en outre, que tous appartenaient aux bureaux de la guerre. C’est un procès de famille, on est là entre soi, et il faut s’en souvenir : l’état-major a voulu le procès, l’a jugé, et il vient de le juger une seconde fois. Donc, il ne restait que le bordereau, sur lequel les experts ne s’étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et, dès lors, comme l’on comprend l’obstination désespérée avec laquelle, pour justifier la condamnation, on affirme aujourd’hui l’existence d’une pièce secrète, accablante, la pièce qu’on ne peut montrer, qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le bon Dieu invisible et inconnaissable ! Je la nie, cette pièce, je la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé d’un certain D... qui devient trop exigeant : quelque mari sans doute trouvant qu’on ne lui payait pas sa femme assez cher.

Mais une pièce intéressant la défense nationale, qu’on ne saurait produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C’est un mensonge ! et cela est d’autant plus odieux et cynique qu’ils mentent impunément sans qu’on puisse les en convaincre. Ils ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les cœurs, en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique. Voilà donc, monsieur le Président, les faits qui expliquent comment une erreur judiciaire a pu être commise ; et les preuves morales, la situation de fortune de Dreyfus, l’absence de motifs, son continuel cri d’innocence, achèvent de le montrer comme une victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux « sales juifs », qui déshonore notre époque.

Et nous arrivons à l’affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés, beaucoup de consciences restent troublées profondément, s’inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de l’innocence de Dreyfus. Je ne ferai pas l’historique des doutes, puis de la conviction de M. Scheurer-Kestner. Mais, pendant qu’il fouillait de son côté, il se passait des faits graves à l’état-major même. Le colonel Sandherr était mort, et le lieutenant-colonel Picquart lui avait succédé comme chef du bureau des renseignements. Et c’est à ce titre, dans l’exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les mains une lettre-télégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d’une puissance étrangère. Son devoir strict était d’ouvrir une enquête. La certitude est qu’il n’a jamais agi en dehors de la volonté de ses supérieurs. Il soumit donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui avait succédé au général Mercier comme ministre de la Guerre. Le fameux dossier Picquart, dont il a été tant parlé, n’a jamais été que le dossier Billot, j’entends le dossier fait par un subordonné pour son ministre, le dossier qui doit exister encore au ministère de la Guerre. Les recherches durèrent de mai à septembre 1896, et ce qu’il faut affirmer bien haut, c’est que le général Gonse était convaincu de la culpabilité d’Esterhazy, c’est que le général de Boisdeffre et le général Billot ne mettaient pas en doute que le bordereau ne fût de l’écriture d’Esterhazy. L’enquête du lieutenant-colonel Picquart avait abouti à cette constatation certaine. Mais l’émoi était grand, car la condamnation d’Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus; et c’était ce que l’état-major ne voulait à aucun prix. Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d’angoisse. Remarquez que le général Billot n’était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n’osa pas, dans la terreur sans doute de l’opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l’état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. Puis, ce ne fut là qu’une minute de combat entre sa conscience et ce qu’il croyait être l’intérêt militaire. Quand cette minute fut passée, il était déjà trop tard. Il s’était engagé, il était compromis. Et, depuis lors, sa responsabilité n’a fait que grandir, il a pris à sa charge le crime des autres, il est aussi coupable que les autres, il est plus coupable qu’eux, car il a été le maître de faire justice, et il n’a rien fait. Comprenez-vous cela ! Voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose ! Et ces gens-là dorment, et ils ont des femmes et des enfants qu’ils aiment ! Le lieutenant-colonel Picquart avait rempli son devoir d’honnête homme. Il insistait auprès de ses supérieurs, au nom de la justice. Il les suppliait même, il leur disait combien leurs délais étaient impolitiques, devant le terrible orage qui s’amoncelait, qui devait éclater, lorsque la vérité serait connue. Ce fut, plus tard, le langage que M. Scheurer- Kestner tint également au général Billot, l’adjurant par patriotisme de prendre en main l’affaire, de ne pas la laisser s’aggraver, au point de devenir un désastre public. Non! Le crime était commis, l’état-major ne pouvait plus avouer son crime. Et le lieutenant-colonel Picquart fut envoyé en mission, on l’éloigna de plus en plus loin, jusqu’en Tunisie, où l’on voulut même un jour honorer sa bravoure, en le chargeant d’une mission qui l’aurait sûrement fait massacrer, dans les parages où le marquis de Morès a trouvé la mort. Il n’était pas en disgrâce, le général Gonse entretenait avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu’il ne fait pas bon d’avoir surpris. A Paris, la vérité marchait, irrésistible, et l’on sait de quelle façon l’orage attendu éclata. M. Mathieu Dreyfus dénonça le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où M. Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des Sceaux, une demande en révision du procès. Et c’est ici que le commandant Esterhazy paraît. Des témoignages le montrent d’abord affolé, prêt au suicide ou à la fuite. Puis, tout d’un coup, il paye d’audace, il étonne Paris par la violence de son attitude. C’est que du secours lui était venu, il avait reçu une lettre anonyme l’avertissant des menées de ses ennemis, une dame mystérieuse s’était même dérangée de nuit pour lui remettre une pièce volée à l’état-major, qui devait le sauver. Et je ne puis m’empêcher de retrouver là le lieutenant-colonel du Paty de Clam, en reconnaissant les expédients de son imagination fertile. Son œuvre, la culpabilité de Dreyfus, était en péril, et il a voulu sûrement défendre son oeuvre. La révision du procès, mais c’était l’écroulement du roman- feuilleton si extravagant, si tragique, dont le dénouement abominable a lieu à l’île du Diable! C’est ce qu’il ne pouvait permettre. Dès lors, le duel va avoir lieu entre le lieutenant-colonel Picquart et le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l’un le visage découvert, l’autre masqué. on les retrouvera prochainement tous deux devant la justice civile. Au fond, c’est toujours l’état-major qui se défend, qui ne veut pas avouer son crime, dont l’abomination grandit d’heure en heure. On s’est demandé avec stupeur quels étaient les protecteurs du commandant Esterhazy. C’est d’abord, dans l’ombre, le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui a tout machiné, qui a tout conduit. Sa main se trahit aux moyens saugrenus. Puis, c’est le général de Boisdeffre, c’est le général Gonse, c’est le général Billot lui-même, qui sont bien obligés de faire acquitter le commandant, puisqu’ils ne peuvent laisser reconnaître l’innocence de Dreyfus, sans que les bureaux de la guerre croulent dans le mépris public. Et le beau résultat de cette situation prodigieuse est que l’honnête homme, là- dedans, le lieutenant-colonel Picquart, qui seul a fait son devoir, va être la victime, celui qu’on bafouera et qu’on punira. Ô justice, quelle affreuse désespérance serre le cœur ! On va jusqu’à dire que c’est lui le faussaire, qu’il a fabriqué la carte-télégramme pour perdre Esterhazy. Mais, grand Dieu! pourquoi ? dans quel but ? donnez un motif. Est-ce que celui-là aussi est payé par les juifs ? Le joli de l’histoire est qu’il était justement antisémite. Oui ! nous assistons à ce spectacle infâme, des hommes perdus de dettes et de crimes dont on proclame l’innocence, tandis qu’on frappe l’honneur même, un homme à la vie sans tache ! Quand une société en est là, elle tombe en décomposition. Voilà donc, monsieur le Président, l’affaire Esterhazy : un coupable qu’il s’agissait d’innocenter. Depuis bientôt deux mois, nous pouvons suivre heure par heure la belle besogne. J’abrège, car ce n’est ici, en gros, que le résumé de l’histoire dont les brûlantes pages seront un jour écrites tout au long. Et nous avons donc vu le général de Pellieux, puis le commandant Ravary, conduire une enquête scélérate d’où les coquins sortent transfigurés et les honnêtes gens salis. Puis, on a convoqué le conseil de guerre.

Comment a-t-on pu espérer qu’un conseil de guerre déferait ce qu’un conseil de guerre avait fait ? Je ne parle même pas du choix toujours possible des juges. L’idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir d’équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministre de la Guerre, le grand chef, a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l’autorité de la chose jugée, vous voulez qu’un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner. L’opinion préconçue qu’ils ont apportée sur leur siège, est évidemment celle-ci :

« Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre, il est donc coupable ; et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent ; or nous savons que reconnaître la culpabilité d’Esterhazy, ce serait proclamer l’innocence de Dreyfus. » Rien ne pouvait les faire sortir de là. Ils ont rendu une sentence inique, qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel. Son excuse, je le répète, est que le chef suprême avait parlé, déclarant la chose jugée inattaquable, sainte et supérieure aux hommes, de sorte que des inférieurs ne pouvaient dire le contraire. On nous parle de l’honneur de l’armée, on veut que nous l’aimions, la respections. Ah! certes, oui, l’armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple, et nous n’avons pour elle que tendresse et respect. Mais il ne s’agit pas d’elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice. Il s’agit du sabre, le maître qu’on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non ! Je l’ai démontré d’autre part : l’affaire Dreyfus était l’affaire des bureaux de la guerre, un officier de l’état-major, dénoncé par ses camarades de l’état-major, condamné sous la pression des chefs de l’état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l’état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n’ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus. Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d’un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d’angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale ! Et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie ! On s’épouvante devant le jour terrible que vient d’y jeter l’affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d’un malheureux, d’un « sale juif » ! Ah ! tout ce qui s’est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des moeurs d’inquisition et de tyrannie, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d’État ! Et c’est un crime encore que de s’être appuyé sur la presse immonde, que de s’être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité. C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des oeuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’oeuvre prochaine de vérité et de justice.Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies! Je me doute de l’écroulement qui doit avoir lieu dans l’âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu’il finira par éprouver un remords, celui de n’avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l’interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas. Il a été le grand honnête homme, l’homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle- même, surtout lorsqu’elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour. A quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt le soleil allait luire? Et c’est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui, par un sentiment de haute dignité, n’a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l’honorent d’autant plus que, pendant qu’il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux coeurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait. Et l’on a même vu, pour le lieutenant-colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l’accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s’expliquer et se défendre. Je dis que ceci est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice. Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente: la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes: d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici: quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. on verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure. J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse- humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Éclair et dans L’Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

sexta-feira, 21 de julho de 2017

Dernière lettre d’Emile Zola à Alfred Dreyfus


Emile Zola ( 2 avril 1840 – 29 septembre 1902) consacrera de nombreuses années de sa vie à la défense d’Alfred Dreyfus. Convaincu de l’innocence du capitaine, il publie son fameux article « J’accuse » dans l’Aurore le 13 janvier 1898. Il sera condamné pour ça à un an de prison par le ministère de la Guerre, et contraint de s’exiler à Londres, il ne reviendra en France qu’un an plus tard. Cependant, Zola n’assistera pas à la réhabilitation du capitaine Dreyfus, car elle n’aura lieu qu’en 1906, quatre ans après son décès.


Cher monsieur Dreyfus,

J’achève la lecture de Cinq années de ma vie, et je ne sais rien de plus poignant, de plus éloquent, dans la simplicité et la concision. Je suis de ceux qui vous approuvent beaucoup de ne pas avoir tardé plus longtemps à nous donner ces pages. Il était nécessaire qu’on les connût, elles auraient manqué au dossier qui achève de se faire chaque jour. C’est un peu plus de lumière qu’elles apportent, elles vont font connaître définitivement. Elles dissent quel homme vous êtes et quel martyr vous avez été. Maintenant, la figure est complète, et d’une grande beauté d’innocence et de souffrance.

La victoire de demain est certaine, ces pages l’annoncent encore.

Avec toute mon admiration et mon affection.

domingo, 28 de maio de 2017

Lettre de Jean Moulin à sa famille


Voici l’une des dernières lettres écrites par le préfet d’Eure-et-Loir, Jean Moulin, avant la capitulation du gouvernement de Pétain suite à l’invasion allemande lors de la Seconde Guerre mondiale. Révoqué dès la fin de l’année 1940, Jean Moulin entre vite dans la clandestinité et se rapproche de la résistance gaullienne. La lettre suivante, adressée à sa mère et sa sœur Laure, paraît terrible lorsque l’on connaît la fin de l’histoire : arrêté dans la banlieue lyonnaise en juin 1943, Jean Moulin est torturé par le chef de la Gestapo. Il meurt de ses blessures. Après la guerre, Jean Moulin est reconnu pour sa conduite héroïque et entre au Panthéon.

Bien chère Maman,
Bien chère Laure,

Je vous ai peu donné de mes nouvelles ces derniers jours. La faute en est aux événements tragiques que j’ai vécus. J’ai vu bien des misères humaines. Mon réconfort a été de voir bien des dévouements obscurs, des dévouements que tout le monde ignorera toujours, hormis quelques spectateurs.

Mon pauvre département est mutilé et saignant de toute part. Rien n’a été épargné à la population civile.

Quand vous recevrez cette lettre, j’aurai sans doute rempli mon dernier devoir. Sur ordre du gouvernement, j’aurais reçu les Allemands au chef-lieu de mon département et je serai prisonnier.

Je suis sûr que notre victoire prochaine — grâce à un sursaut d’indignation du reste du monde et à l’héroïsme de nos soldats, qui valent mieux que l’usage que l’on en a fait — viendra me délivrer.

Je ne savais pas que c’était si simple de faire notre devoir quand on est en danger.

Je pense à vous de tout mon cœur.

Jean

Si les Allemands me faisaient dire des choses contraires à l’honneur, vous savez déjà que cela n’est pas vrai.

segunda-feira, 10 de abril de 2017

Eleições em França: "Outra vez a armadilha do voto útil?" - Serge Halimi



A primeira volta das eleições presidenciais francesas, a 23 de Abril, vai opor onze candidatos com opiniões muito diferentes. Este pluralismo foi em parte eclipsado pelos casos judiciários e pelo espaço que a comunicação social dedicou à incessante dança das sondagens. Contudo, a percepção da natureza profundamente antidemocrática das instituições francesas e europeias vai fazendo o seu caminho. A tradução em termos eleitorais desta nova consciência pode, contudo, ser desviada pela armadilha de um «voto útil» que deveria escolher, como opositor à extrema-direita, um adorador da globalização.

Entrámos numa era política em que várias frases que começam com um «Seria a primeira vez que…» parecem anunciar a concretização de uma eventualidade até agora considerada inconcebível. Nesta Primavera de 2017, as eleições presidenciais francesas marcam, assim, a primeira vez que já não nos questionamos sobre a presença da Frente Nacional (FN) na segunda volta: colocamos a hipótese, ainda muito improvável, da sua vitória. A primeira vez em que ninguém defende o balanço dos últimos cinco anos, apesar de participarem no escrutínio dois antigos ministros do presidente cessante, Benoît Hamon (Partido Socialista, PS) e Emmanuel Macron (Em Frente!). A primeira vez também que os candidatos do PS e da direita, que governaram a França continuamente desde o início da V República, poderão ser eliminados em conjunto logo na primeira volta.

Procuramos também em vão precedentes para uma campanha tão parasitada pela informação contínua, os casos judiciários, a incapacidade geral para se fixar a atenção por mais de vinte e quatro horas numa questão essencial. E não encontramos certamente um só caso anterior de um candidato importante à magistratura suprema indiciado por desvio de fundos públicos quando há dez anos vem afirmando que a França está falida.

O facto de o presidente cessante ter renunciado a lutar por um segundo mandato pode dissimular o ponto de partida de todas estas desregulações. O quinquénio que agora termina viu François Hollande tornar-se o chefe de Estado mais impopular da V República, e isto logo a seguir a o seu antecessor, Nicolas Sarkozy, ter sido já repudiado. Ora, o próprio presidente socialista admitiu ter «vivido cinco anos de poder relativamente absoluto». Em Junho de 2012, pela primeira vez na sua história, o PS controlava com efeito a presidência da República, o governo, a Assembleia Nacional, o Senado, 21 das 22 regiões metropolitanas, 56 dos 96 departamentos e 27 das 39 cidades com mais de 100 mil habitantes.

Hollande fez um uso tão discricionário quanto solitário deste poder. Foi ele quem decidiu o estado de emergência, que envolveu a França em vários conflitos externos, que autorizou o assassinato de simples suspeitos recorrendo a aviões teleguiados. Foi também ele quem fez modificar o Código do Trabalho, forçando a sua maioria parlamentar a uma reforma que ela recusa apoiar (recurso ao artigo 49-3 da Constituição) e para a qual nem ele nem ela haviam recebido mandato do povo. Sem esquecer a refundação do mapa das regiões francesas, que o chefe de Estado redesenhou a partir do seu gabinete no palácio presidencial.

Tudo isto coloca com acuidade a questão das instituições da V República, que Benoît Hamon e Jean-Luc Mélenchon (A França Insubmissa) se comprometem a repensar, mas às quais François Fillon (Os Republicanos) e Emmanuel Macron se acomodam, tal como Marine Le Pen. Nenhuma outra democracia ocidental apresenta uma tal concentração de poderes entre as mãos de uma só pessoa. Para lá do perigo, bem real, de um dia se ter um chefe de Estado menos complacente do que aquele que agora termina o seu mandato, as proclamações pomposas sobre a democracia francesa, sobre a República, esbarram numa constatação que a presidência de Hollande tornou flagrante: o exercício solitário do poder fortalece a faculdade ilimitada de desrespeitar os compromissos de uma campanha que, no entanto, deveria fundar o mandato do povo soberano.

François Hollande comprometeu-se a defender a siderurgia francesa, mas homologou o encerramento das unidades de Florange; deveria ter renegociado o Pacto de Estabilidade europeu, mas desistiu de o fazer logo no primeiro dia do seu mandato; prometeu «inverter a curva do desemprego» antes do fim de 2013, mas esta prosseguiu o seu crescimento por mais três anos. Contudo, se ficou marcada nas mentes uma sensação de traição foi sem dúvida por causa de uma frase que marcou a sua campanha de 2012 e que desde então todos voltaram a ouvir mil vezes: «O meu único adversário é o mundo da finança». Ora, mal foi eleito, Hollande foi buscar como conselheiro da presidência um antigo banqueiro do Rothschild, confiando-lhe em seguida as chaves do Ministério da Economia.

A actual aceitação de que Emmanuel Macron parece beneficiar junto da opinião pública é ainda mais desconcertante porque ela pode colocar no poder supremo o digno herdeiro, mesmo que parricida, deste presidente cessante ineditamente impopular. «Emmanuel Macron, sou eu», afirmou um dia Hollande, «e ele sabe o que me deve». Macron não é certamente socialista, mas Hollande também não. Um proclama-o, o outro usa de rodeios. As palavras do primeiro viram as costas a uma tradição de esquerda que maltrata «o dinheiro» ou «a finança», mas isso corresponde às convicções que o segundo exprimiu logo em 1985 na obra La Gauche bouge, que teve também como autores o actual ministro da Defesa e o secretário-geral da presidência.

Neste livro encontrava-se já a ideia, cara a Macron, mesmo que nele ela esteja escondida debaixo de um monte de palavras lanudas e ocas, de uma nova aliança social entre as classes médias cultivadas e o patronato liberal, cimentadas pela vontade conjunta de estar presente num mercado mundial. «Empresariado» em vez de «assistanato», lucro em vez de rendimento, reformistas e modernistas contra extremistas e passadistas, recusa da nostalgia «dos cameleiros e dos aguadeiros»: ouvir Macron é voltar a ouvir o que Bill Clinton já dizia desde 1990, e Tony Blair e Gerhard Schröder alguns anos mais tarde. E segui-lo significaria avançar ainda mais descaradamente do que com Hollande na «terceira via» do progressismo liberal. A via que enganou o Partido Democrata americano e a social-democracia europeia, deixando-os no abismo em que jazem hoje.

«O projecto de Emmanuel Macron é uma escada para a Frente Nacional»

«Globalistas» e «partido de Bruxelas» contra «patriotas»: Marine Le Pen regozijará se o confronto político se resumir a esta dialéctica. Richard Ferrand, deputado do PS e pilar da campanha de Macron, parece antecipar-se aos desejos da candidata: «De um lado», considera ele, «há os neonacionalistas reaccionários e identitários; e do outro há os progressistas que pensam que a Europa é necessária». Esta estruturação do debate ideológico não é inocente. Dos dois lados, o que está em causa é submergir a questão dos interesses de classe, alimentando num caso terrores «identitários» e vituperando, no outro, pulsões «reaccionárias».

Mas, por muito que isso desagrade a todos os progressistas de mercado, os «que pensam que a Europa é necessária» estão situados em termos sociais. Os «trabalhadores destacados» que surgiram por causa de uma directiva de Bruxelas, e cujo número decuplicou nestes últimos dez anos, são mais frequentemente operários da construção civil ou trabalhadores agrícolas do que cirurgiões ou antiquários. Ora, o que «pensam» as vítimas deste dispositivo é também, e sobretudo, o produto do que elas apreendem, isto é, um dumping social que ameaça as suas condições de vida. Para elas, a Europa não se resume ao programa Erasmus ou à Ode à Alegria.

Stephen Bannon, estratego político de Donald Trump, compreendeu o quanto a direita nacionalista podia tirar partido da desclassificação social que acompanha quase sempre as celebrações da aldeia global. «O essencial daquilo em que acreditamos», explica ele, «é que somos uma nação com uma economia, e não uma economia em não sei que mercado mundial com fronteiras abertas. Os trabalhadores de todo o mundo estão fartos de serem submetidos ao partido de Davos. Há nova-iorquinos que agora se sentem mais próximos dos habitantes de Londres ou de Berlim do que dos do Kansas ou do Colorado, e partilham com os primeiros a mentalidade de uma elite que pretende ditar a todos a maneira como o mundo será governado ». Quando Emmanuel Macron, nas suas reuniões públicas consteladas por bandeiras europeias, exalta a mobilidade, reclama o «relançamento pelas margens das empresas» e se compromete a eliminar os subsídios de desemprego depois da décima recusa de uma «oferta de emprego decente», como distinguir as suas propostas dos interesses dos oligarcas do dinheiro e do saber que compõem o «partido de Davos»? Imaginam-se os danos democráticos que resultariam de um eventual frente-a-frente entre ele e Marine Le Pen, o mesmo que a comunicação social procura tornar realidade.

Há mais de vinte anos que defender o «voto útil» significa apresentar os dois partidos dominantes como muralhas contra uma extrema-direita cujo crescimento foi favorecido pelas suas escolhas sucessivas e concordantes. «Hoje», considera Benoît Hamon, «o projecto de Emmanuel Macron é uma escada para a Frente Nacional». Mas, reciprocamente, a força da Frente Nacional fortalece o monopólio do poder dos seus adversários, socialistas incluídos. Logo em 1981, François Miterrand calculou que uma extrema-direita forte obrigaria a direita a fazer uma aliança com ela, correndo o risco de, ao fazê-lo, se tornar inelegível. A manobra foi perturbada em Abril de 2002, quando Jean-Marie Le Pen enfrentou Jacques Chirac na segunda volta das eleições presidenciais. Desde então, a direita já só tem de ultrapassar o PS em qualquer escrutínio, nacional ou local, para depressa se transformar, aos olhos de quase toda a esquerda, no arcanjo da democracia, da cultura, da República.

Instituições monárquicas que permitem todas as patifarias, todas as negações; uma vida política aferrolhada pelo medo do pior; órgãos de comunicação social que se acomodam a umas ao mesmo tempo que se alimentam das outras; e depois… há ainda a Europa. A maior parte das políticas económicas e financeiras de França estão-lhe estritamente subordinadas, o que não impede que o essencial da campanha se tenha desenrolado como se o próximo presidente fosse poder agir com total liberdade.

Uma vitória de Marine Le Pen pode ditar o fim da União Europeia – ela preveniu: «Não serei a vice-chanceler de Merkel». No caso de um dos favoritos a ser eleito – e favorito de Angela Merkel –, isto é, Fillon ou Macron, se instalarem na presidência, a continuidade com os presidentes que eles respectivamente serviram estará, em contrapartida, assegurada, a coerência com as orientações da Comissão Europeia estará preservada e a hegemonia alemã e o ordoliberalismo estarão confirmados, funcionando uma como guardiã atenta da outra. A questão será diferente com Hamon ou Mélenchon. Pondo de lado as tentações federalistas do primeiro e o seu apoio à ideia de uma defesa europeia, os seus objectivos podem parecer próximos. Mas os meios para os atingirem diferem completamente, a tal ponto que as suas duas candidaturas fazem concorrência uma à outra e fazem ambos correr o risco da eliminação.

Com Benoît Hamon é difícil escapar a uma sensação de já visto. Procurando conciliar o apego à União Europeia com o desejo de romper com a austeridade para levar a cabo uma política mais favorável ao emprego e ao ambiente, e menos impiedosa com Estados como a Grécia, esmagada pelo endividamento, o candidato socialista tem de se convencer de que a orientação a que aspira é possível, incluindo no quadro das instituições actuais; que é concebível «atingir resultados tangíveis sem virar as costas a toda a Europa». Hamon funda a sua esperança numa recuperação de influência da esquerda europeia, em particular alemã. Ora, essa é quase exactamente a hipótese que Hollande deixou antever há cinco anos. A 12 de Março de 2012, comprometendo-se «solenemente» perante os seus camaradas europeus reunidos em Paris a «renegociar o Tratado Orçamental» feito por Merkel e Sarkozy, Hollande afirmou: «Eu não estou sozinho porque há na Europa o movimento progressista. Eu não estarei sozinho porque vai haver o voto do povo francês que me vai dar mandato». Cécile Duflot, que se tornou ministra da Habitação de Hollande, recorda-nos o que aconteceu a seguir: «Toda a gente esperava que [Hollande] iniciasse um braço-de-ferro com Angela Merkel. (…) Íamos finalmente virar as costas ao Merkozy. (…) Por muito liberal e rígido que ele fosse, o italiano Mario Monti contava com a França para inverter a tendência. O muito conservador Mariano Rajoy via na eleição de François Hollande a possibilidade de aliviar o garrote que estrangulava a Espanha. Quanto à Grécia e a Portugal estavam prontos para seguir qualquer salvador para evitar a ruína». Sabemos o que aconteceu em seguida.

Uma U
nião Europeia que treme a cada eleição nacional

No fundo, não aconteceu nada que não tivesse já sucedido quinze anos antes. Nessa altura, Hollande dirigia o PS e Lionel Jospin o governo. Em jeito de prelúdio à moeda única, acabava de ser negociado um «pacto de estabilidade e crescimento» que previa um conjunto de medidas de disciplina orçamental, entre as quais multas em casos de défices excessivos. Então líder da oposição, Jospin não deixou de denunciar o pacto como um «super-Maastricht», «concedido de forma absurda aos alemães». Apesar disso, quando se tornou primeiro-ministro em Junho de 1997, Jospin aceitou todos os termos do Conselho Europeu de Amesterdão, alguns dias mais tarde. Segundo Pierre Moscovici, então ministro dos Negócios Estrangeiros, como prémio pelo seu assentimento terá conseguido «a primeira resolução de um Conselho Europeu consagrada ao crescimento e ao emprego». Uma resolução fulminante, como todos puderam desde então constatar.

Hamon e Mélenchon pretendem, por sua vez, renegociar os tratados europeus. Mas será que se dotam dos meios necessários para o fazer? Hamon não põe em causa a questão da independência do Banco Central Europeu, mas espera «conseguir mudanças nos seus estatutos». Aceita a regra dos 3% de défice público, mas «deseja políticas de relançamento» compatíveis com as suas ambições ecologistas. Propõe «a constituição de uma assembleia democrática da zona euro», mas esclarece de imediato o seguinte: «Aceitarei que discutamos o assunto, como é evidente. Não irei para Berlim ou para outro sítio a dizer: “É assim ou nada feito”, isso não tem sentido».

Algumas destas reformas exigem o acordo unânime dos membros da União e nenhuma delas pode hoje contar com o aval de Berlim. Benoît Hamon espera, por isso, modificar a situação graças a um «arco de aliança das esquerdas europeias». E recusa o precedente pouco encorajante de 2012: «Creio que os alemães são mais abertos hoje do que quando Hollande chegou ao poder». O medo da fragmentação da União Europeia, de um lado, e a perspectiva de uma alternância política na Alemanha, do outro, teriam voltado a baralhar as cartas em seu benefício. «Sou do partido da esperança», admite ele, contudo.

Já a esperança de Mélenchon registou mudanças desde 2012. Uma vez que «não é possível qualquer política progressista» na União tal como ela existe, na ausência de uma «saída concertada dos tratados europeus » ou da sua refundação (plano A), não exclui já uma «saída unilateral» (plano B). Como não acredita muito num crescimento próximo e simultâneo das forças de esquerda, que nos próximos anos terão mais tendência para o refluxo, a França, segunda potência da União, torna-se a seu ver a «alavanca da batalha europeia». Jacques Généreux, co-director da redacção do programa presidencial do candidato, resume deste modo a equação: «A saída imposta da França significaria o fim do euro e o fim da União Europeia, muito simplesmente. Ninguém tem interesse em correr este risco. Sobretudo a Alemanha». Em consequência, ao mesmo tempo que recusa vergar-se às regras europeias que constrangem as suas prioridades económicas, «a França pode, sem receios, e se desejar fazê-lo, ficar no euro por quanto tempo quiser».

A União Europeia tornou-se indiferente às escolhas democráticas dos seus povos, certa de que as orientações fundamentais dos Estados-membros estavam aferrolhadas por tratados. Desde o voto do «Brexit » e a vitória de Trump, a política está a vingar-se. A União treme agora ao observar cada escrutínio nacional como se neles se jogasse a sua vida. Mesmo a vitória de um dos candidatos franceses em que ela investiu não a vai tranquilizar por muito tempo.


Daqui

domingo, 6 de novembro de 2016

"La question de la confession reste quelque chose d’intime"




Je suis française, d’origine maghrébine par mon père. La question de la confession reste quelque chose d’intime. Mon père m’a transmis les valeurs de paix et de tolérance de l’islam. Cette éducation que j’ai reçue, j’ai pu la retrouver dans les écrits. J’ai décidé d’être pratiquante, sans porter le voile, quand j’avais 23 ans. Je n’ai jamais rencontré de problème de discrimination. En revanche, même si je continue de penser que notre société reste globalement tolérante, je sais qu’une femme qui décide de se voiler aujourd’hui en France peut s’attendre à une épreuve, c’est évident et ça me désole.

«Pour moi, la pratique religieuse est individuelle et intime. Sur les questions de "visibilité", de "discrétion", j’interroge la notion de liberté en France. Jusqu’où et pour qui ? On a parfois l’impression qu’il existe une liberté à deux vitesses. Vous êtes libre à partir du moment où vous correspondez à une idée que veut imposer un certain nombre. Ce n’est pas du tout ça le principe de laïcité. Le voile et le burkini sont de faux problèmes qui tendent à discriminer et à créer des communautés, d’autant que les interdictions interviennent suite aux attentats et sous-tendent un lien trop rapide entre pratique religieuse et radicalisation. Les femmes qui les portent ne représentent pas une menace pour la France. Sur une plage, je ne suis pas plus dérangée de voir une femme en burkini que de voir une femme avec un string et pas de haut, chacun demeure libre. Il a le choix de son comportement tant que ça ne nuit pas à autrui.

«Je suis élue municipale sans étiquette depuis 2007. Il y a des choses primordiales à régler en France, l’éducation, l’emploi, des enjeux de cohésion sociale, je ne comprends pas que des hommes politiques en charge d’une nation, puissent accorder autant d’importance à ce genre de phénomène. Au lieu de se demander comment faire société, comment limiter la violence, ils créent des divisions et attisent les peurs. Si j’ai un appel à lancer aux dirigeants, c’est de calmer leurs angoisses. De leur rappeler qu’ils ont une grande responsabilité d’union de la nation. La France est multiple, cosmopolite, a plusieurs origines et il faut l’accepter.»

Dalila, 39 ans, directrice de services de protection de l’enfance, Tarare (Rhône)

sexta-feira, 28 de outubro de 2016

"Reexamining History with Noam Chomsky: New World Order & the Grand Area"


  • How did the US establishment view fascist figures such as Adolf Hitler and Benito Mussolini before the global war began?
  • Was the US complicit or did it actively support fascism in Europe?

  • What geopolitical plans did the United States draw for the globe before World War II?
  • What is the “Grand Area” and how did it effect the security and economy of the globe?
  • How did countries such as Italy, Germany and Greece fit into this scheme and why did the US crush anti-fascist movements across Europe?

segunda-feira, 17 de outubro de 2016

"On me dit "toi, c'est pas pareil""


Je vis dans un village de 300 habitants. Aux dernières élections régionales, ils ont voté à plus de 40% pour le Front national. Mais moi, "c’est pas pareil". Les gens me disent "les Arabes, ils sont fous, mais toi c’est pas pareil", "elles nous font chier avec leur voile, avec leur religion à la con, mais toi c’est pas pareil". Quand on me voit, on me dit "t’es algérienne" mais je me sens à 400% française. Les autorités ont demandé aux gendarmes d’être devant les écoles. Quelques jours après la rentrée, des parents d’élèves ont dit : "Regarde, il y a les flics parce que des gens sont radicalisés et fichés S." Il y avait une femme voilée à 10 mètres. Elle est née ici, elle a grandi ici. Ils ont commencé à dire : "Elle a une ceinture sous sa robe, elle va se faire péter", "c’est elle qui s’est radicalisée". Je bouillais, ça m’a rendue folle. Ces gens, je les appelle "les BFM". BFM, c’est leur Bible.

«L’islam me tient à cœur. Ma religion m’apaise et me donne une ligne de conduite : le respect, l’entraide. Je fais mes prières, je mange halal. Pour l’Aïd, mes enfants n’iront pas à l’école, on fera un goûter. C’est notre Noël à nous. Mais ta religion est dans ton cœur, c’est personnel. Je n’irai pas demander à l’école un repas halal pour mes enfants. J’ai dit qu’ils étaient végétariens. Ça ne va pas les tuer de ne pas manger de viande un repas sur deux. Je suis mariée avec un Français, catholique, baptisé, qui s’est converti. Pendant les repas de famille, il y a du pinard, du halal, du végétarien, du végétalien… On s’en fiche parce qu’on s’aime. Je suis allée en vacances à Alicante, il y avait une nana en burkini, une nana les miches à l’air, qu’est-ce que j’en ai à faire ? Dans les années 80-90, ma mère allait dans l’eau tout habillée à Dieppe et ça ne gênait personne.

«Moi, je ne ressens pas le besoin de porter le voile, je ne suis pas arrivée à maturité religieuse. Et puis je joue au foot, je ne me vois pas courir en short, tête découverte, et après aller me voiler. Toutes ces polémiques me font mal au cœur pour mes enfants. Quand on était à l’école, il n’y avait pas tout ça, on était potes, point. Je n’imagine même pas que demain quelqu’un vienne dire à mon fils "sale Arabe". Moi je ne l’ai pas vécu.»

Amel, 30 ans, mère au foyer, Chis (Hautes-Pyrénées)

quinta-feira, 6 de outubro de 2016

"LE PARIS DE MAIGRET"


Nées sous la plume de Georges Simenon, les aventures du commissaire Maigret plongent ses lecteurs dans le Paris des années 30. Au fil des enquêtes de l’homme à la pipe, on (re)découvre avec plaisir des lieux Parisiens au goût authentique, restés célèbres aujourd’hui. On vous propose donc une petite expédition au cœur de la capitale, dans une atmosphère policière et “so 30’s”.

1 SIÈGE DE LA POLICE JUDICIÈRE – QUAI DES ORFÈVRES


Également surnommée “La Tour Pointue”, le bâtiment qui siège au 36 Quai des Orfèvres abrite comme vous devez le savoir, le siège de la Police Judiciaire. Loin de vous inciter à vous engager dans la police (même si les policiers sont des gens très bien), on vous propose plutôt d’envisager ce bâtiment à l’apparence plutôt banale sous un nouvel angle. En passant devant, fermez les yeux et mettez-vous dans la peau de notre cher commissaire. On imagine bien qu’il devait (le pauvre, c’est crevant) y faire des allers-retours assez régulièrement. Lancez-vous donc sur ses pas, et imaginez-vous passer une journée type dans son bureau, portant un de ses chapeaux, fumant une de ses pipes, pieds sur le bureau, le regard penseur.

2 LE CYRANO – PLACE DE CLICHY


Pour sa pause dej’ de midi, le commissaire aimait à s’attabler au Cyrano, un tout petit bistrot à la clientèle haute en couleur : comédiens, musiciens, peintres, artistes en tous genres, bobos, punks … Bref, un beau concentré d’excentricité. L’ambiance promet donc de ne jamais manquer à l’appel, et d’être, à l’image de ses clients, toujours plus folle. Et pour cause, ici, l’Happy Hour se dédouble ! Non non, vous n’avez pas trop bu, vous y voyez très clair : le bistrot propose bien DEUX horaires d’Happy Hour : une première de 18h à 19h, et une seconde 22h à 23h. Côté déco, l’établissement l’a gardée intacte depuis 1914 ! On imagine donc avec plaisir l’ambiance vintage qui peut y régner.

3 L’ÉCLUSE DES RÉCOLLETS – CANAL SAINT-MARTIN


La nuit, au Canal Saint-Martin, ce ne sont pas les actes de délinquance qui manquent. C’est certain. Mais le jour venu, se promener le long du Canal et de ses écluses verdoyantes est une activité des plus agréables. Sur les traces d’un crime, promenez-vous particulièrement sur l’écluse des Récollets, qui comporte un charmant pont et plusieurs petits squares, dans lesquels le commissaire n’hésitait pas à se poser pour plus ample réflexion.

4 PIGALLE ET MONTMARTRE



Que dire du quartier de Pigalle, qui débute au pied de la Butte Montmartre. Illuminé de ses lumières rouges la nuit tombée, il a de quoi en faire céder plus d’un à la tentation. Quartier de tous les charmes et de tous les excès, il emboite pourtant le pas à celui de Montmartre, qui lui est le quartier de l’élégance, du romantisme et de l’art. Bref, une parfaite opposition. Si les mauvais garçons prolifèrent à Pigalle, l’ambiance typique et pittoresque du quartier de la Butte nous plongent directement dans les années 30, et en font un lieu idéal pour se vider la tête.

5 LA RUE DE HARLAY – PLACE DAUPHINE




Véritable annexe de la Police Judiciaire, la rue de Harlay abritait dans les romans de Georges Simon une brasserie de laquelle Maigret était un habitué : la Brasserie Dauphine, qui correspond en fait à l’ancien bistrot Aux Trois Marches. Passant au centre de l’île de la Cité, la rue relie le quai des Orfèvres à celui de l’Horloge.

6 RUE DES ABBESSES ET RUE LEPIC



Les rues sinueuses du quartier de Montmartre sont plusieurs fois citées dans la saga de Georges Simon. Ardues mais charmantes, elles pourraient parfaitement illustrer les étapes qui marquent l’avancée des enquêtes de notre commissaire.

7 LE 132 BOULEVARD RUICHARD-LENOIR : CHEZ LE COMMISSAIRE LUI MÊME


Dans le 11ème arrondissement, le Boulevard Richard-Lenoir recouvre une partie du Canal Saint-Martin. Au numéro 132, se situe l’appartement auquel Georges Simenon fait référence dans ses romans : celui du commissaire Maigret en personne. On l’imagine y rentrer épuisé, après une dure journée d’enquête.