quarta-feira, 21 de setembro de 2016

Lettre d’Alfred de Musset à George Sand


George Sand (1804-1876) rencontre Alfred de Musset (1810-1857) en 1833. Ils partent ensemble à Venise mais Musset tombe malade. Il est soigné par le médecin Pietro Pagello – auquel il est fait référence dans cette lettre – et avec lequel Sand a eu une aventure pendant qu’ils veillaient Musset. Musset ayant découvert leur relation quitte Venise. Quelques mois plus tard, il part pour Baden-Baden d’où il adresse à George Sand, de retour à Nohant, une lettre enflammée : « dis-moi que tu me donnes tes lèvres, tes dents, tes cheveux, tout cela, cette tête que j’ai eue […]. Quand j’y pense, ma gorge se serre, mes yeux se troublent, mes genoux chancellent ; eh ! il est horrible de mourir, il est horrible d’aimer ainsi. » Dans la lettre qui suit, Sand met ces paroles à distance ; voici la lettre qu’il lui envoie alors.

Je te renvoie ta lettre comme tu le veux. Jamais je n’ai vu si clairement combien j’étais peu de chose dans ta vie. Non pas parce que tu me refuses le peu de mots d’amitié que je t’avais demandés à genoux. Je conçois à merveille que dans ce moment-ci ils te coûteraient beaucoup trop, et loin de t’en vouloir de ce que tu me dis que tu n’as pas la force de me les envoyer, je ne vois […] la franchise, et je t’en sais bon gré.

Mais ta lettre a […], j’y trouve à la dernière ces propres mots : Je te renouvelle ma promesse et, de l’autre côté, tu me dis que je t’aime encore trop, et que tu n’auras pas la force de me revoir. Il faut, ma pauvre amie, que ton cœur soit bien malade, et ne crois pas que je sois moi-même de force à t’adresser un reproche. Il faut que tu souffres beaucoup, pour que tu n’aies même plus une larme pour moi, et pour qu’en face de Dieu tu manques à ta parole, qui depuis trente ans, disais-tu, n’a pas encore été faussée.

Elle le sera donc une fois, et j’aurai perdu le seul jour de bonheur qui me restait encore. Qu’il en soit ce qui plaît à Dieu, ou à l’esprit de mort. Car, à vingt-deux ans, sans avoir jamais fait de mal à personne, en être où je suis, et recevoir ainsi constamment, jour par jour, un nouveau coup de pierre sur la tête, c’est trop. Qu’il y ait une Providence ou non, je n’en veux rien savoir, s’il y en a une, je lui dis en face : elle est injuste et cruelle. Elle est la plus forte, je le sais ; qu’elle me tue. Je ferai mieux que de la maudire, je la renie. — Ne va pas croire surtout que je te fasse un reproche, ô mon brave Georgeot, mon grand cœur, je ne t’en veux pas de manquer à la parole que tu m’avais donnée de ne pas mourir sans étendre la main, et sans te souvenir de moi quand tu serais seule en face de la douleur. Non, je ne t’en veux pas car tu souffres.

Je n’en veux qu’à cette destinée de mort qui sait le secret de trouver toujours un endroit à frapper dans un cœur plein de ses coups, ce n’est pas ta faute si je ne [suis plus] rien pour toi.

Tu me dis de lire bien […] de frémir. Que crois-tu donc m’apprendre, mon enfant, en me disant qu’un soupçon jaloux tue l’amour dans ton cœur ? Qui crois-tu donc que j’aime : toi, ou une autre ? Tu t’appelles insensible, un être stérile et maudit ? tu te demandes si tu n’es pas un monstre d’avoir le cœur fait comme tu l’as, et tu me dis de frémir en songeant de quels abîmes je suis sorti.

Et, mon amie, me voilà ici à Baden, à deux pas de la maison de conversation : je n’ai qu’à mettre mes souliers et mon habit, pour aller faire autant de déclarations d’amour que j’en voudrai, à autant de jolies petites poupées qui ne me recevront peut-être pas toutes mal, qui, à coup sûr, sont fort jolies, et qui, plus certainement encore, ne quittent pas leur amant parce qu’elles ne veulent pas se voir méconnaître.

Quoi que tu fasses ou que tu dises, morte ou vive, sache que je t’aime, entends-tu, toi et non une autre. — « Aime-moi dans le passé, me dis-tu, mais non telle que je suis dans le présent ». — George, George, tu sauras que la femme que j’aime est celle des roches de Franchard, mais que c’est aussi celle de Venise, et celle-là certes, ne m’apprend rien quand elle me dit qu’on ne l’offense pas impunément.

[…]

Je ne sais pas pourquoi je te dis cela, ni pourquoi je te dis quelque chose. Je n’ai plus rien dans le cœur, ni dans la tête. Je crois que je vais revenir à Paris pour peu de temps, écris-y, si tu m’écris. Mais pourquoi ? à quoi bon, dis-moi, tout cela ? Je souffre, et à quoi bon ? Ta lettre m’a fait un mal cruel, George : ah mon enfant, pourquoi ? Mais que sert de gémir ? tu me dis que tu m’écris, afin que je ne prenne aucune idée de rapprochement entre nous. Eh bien, écoute, adieu, n’écrivons plus… Tout cela, vois-tu, est horrible au bout du compte. Tu souffres, toi aussi, je te plains, mon enfant. Mais puisqu’il est vrai que je ne peux rien pour toi, eh bien alors, si notre amitié s’envole au moment où tu souffres et où tu es seule, qu’est-ce que tout cela ? Je ne t’en veux pas, je te le répète. Adieu, je ne sais où je serai, n’écris pas, je ne puis savoir.

Je relis cette lettre, et je vois que c’est un adieu. Ô mon Dieu, toujours des adieux ! Quelle vie est-ce donc? ? mourir sans cesse ? Ah mon cœur, mon amour, je ne t’en veux pas de cette lettre-ci ; mais pourquoi m’as-tu écrit l’autre ? cette fatale promesse, maudit soit Dieu ! J’espérais encore. Ah malheur et malheur, c’est trop. J’avais encore un jour dans ma vie : un, un, sur tant d’années, à vingt ans, un jour, un seul jusqu’à la mort. Qu’ai-je donc fait, sacré Dieu ! mais à quoi bon tout cela. Il n’y a plus rien, n’est-ce pas, rien dans ton cœur ? Tu n’es point aimée, tu n’aimes pas,hideuse parole ; puisse-jé ne l’écrire jamais !

Que je revienne à Paris, cela te choquera peut-être, et lui aussi. J’avoue que je n’en suis plus à ménager personne. S’il souffre, eh bien qu’il souffre, ce Vénitien qui m’a appris à souffrir ! Je lui rends sa leçon, il me l’avait donnée en maître. Quant à toi, te voilà prévenue, et je te rends tes propres paroles : Je t’écris cela, afin que si tu vinsses à apprendre mon retour, tu n’en prisses aucune idée de rapprochement avec moi. Cela est-il dur ? peut-être. Il y a une région dans l’âme, vois-tu, lorsque la douleur y entre, la pitié en sort. Qu’il souffre ! Il te possède. Puisque ta parole m’est retirée, puisqu’il est bien clair que toute cette amitié, toutes ces promesses, au lieu d’amener une consolation sainte et douce au jour de la douleur, tombent net devant elle, eh bien, puisque je perds tout, adieu les larmes, adieu : non pas adieu d’amour. Je mourrai en t’aimant. Mais adieu la vie, adieu l’amitié, la pitié, ô mon Dieu ! est-ce ainsi ? j’en aurai profité. Par le ciel, en fermant cette lettre, il me semble que c’est mon cœur que je ferme. Je le sens qu’il se resserre, et s’ossifie. Adieu.

terça-feira, 20 de setembro de 2016

"Desarranjos políticos" - Serge Halimi


Os Estados Unidos celebram em Setembro o Dia do Trabalho. Este ano, o dia terá sido marcado por algo invulgar. Muitos operários e empregados – brancos e masculinos, em particular – terão corrido para os encontros do candidato republicano. Donald Trump cultiva estes apoios fustigando os tratados de comércio livre que precipitaram a desindustrialização dos antigos bastiões industriais do país (ler, na edição de Setembro, a reportagem de Thomas Frank). E que trouxeram, com ela, a desclassificação, a amargura e o desespero do mundo operário. A «lei e ordem» que Trump promete restabelecer são também as da América da década de 1960, na qual, quando se era branco, não era necessário ter conseguido um diploma universitário para garantir um bom salário, dois automóveis por família – e até alguns dias de férias.

Que um multimilionário nova-iorquino com um programa fiscal ainda mais regressivo do que o de Ronald Reagan, e com práticas (fabrico dos seus produtos no Bangladeche e na China, emprego de pessoas sem-papéis nos seus hotéis de luxo) que contradizem a maior parte do que proclama, possa transformar-se em porta-voz do ressentimento operário mais se pareceria com uma aposta se o sindicalismo não tivesse sido enfraquecido. E se, desde há cerca de quarenta anos, os partidos progressistas ocidentais não tivessem constantemente substituído os seus militantes e quadros oriundos do mundo do trabalho por profissionais da política e das relações públicas, por altos funcionários e jornalistas protegidos numa bolha de privilégios.

A esquerda e os sindicatos efectuavam outrora um trabalho diário de educação popular, de constituição de redes territoriais, de «enquadramento» intelectual das populações operárias. Mobilizavam politicamente os seus membros, levavam-nos às urnas quando o seu destino estava em causa, garantiam-lhes protecção social quando o seu futuro económico estava ameaçado. Recordavam a todos as vantagens da solidariedade de classe, a história das conquistas operárias, os perigos da divisão, da xenofobia, do racismo. Este trabalho deixou de se fazer, ou faz-se menos bem . E vê-se quem é que beneficia com isso. As mobilizações sociais, faltando-lhes retransmissores políticos, enterram-se num dilúvio de polémicas identitárias mal marcam passo. E os assassinatos da Organização do Estado Islâmico precipitam este descarrilamento, a tal ponto que este grupo se tornou o principal agente eleitoral da extrema-direita no Ocidente.

Por vezes, basta um detalhe para se apreender todo um quadro ideológico. A 13 de Agosto último, a morte de Georges Séguy foi arrumada em alguns segundos, ou em algumas linhas, por uma comunicação social francesa alistada na guerra contra o burquíni. Talvez muitos jornalistas, cujos conhecimentos históricos se resumem aos acontecimentos fulgurantes dos últimos meses, ignorassem que o defunto dirigiu durante quinze anos o principal sindicato francês. Em breve vão tocar os sinos para nos pedir que defendamos a democracia. Pois ela estaria mais bem segura se populações inteiras não a vissem como um ornamento ao serviço dos privilegiados que as desprezam.


"From 280 Tribes, a Protest on the Plains"


When visitors turn off a narrow North Dakota highway and drive into the Sacred Stone Camp, where thousands have come to protest an oil pipeline, they thread through an arcade of flags whipping in the wind. Each represents one of the 280 Native American tribes that have flocked here in what activists are calling the largest, most diverse tribal action in at least a century, perhaps since Little Bighorn.

They have come from across the Plains and the Mountain West, from places like California, Florida, Peru and New Zealand. They are Oglala Lakota, Navajo, Seneca, Onondaga and Anishinaabe. Their names include Keeyana Yellowman, Peter Owl Boy, Santana Running Bear and Darrell Holy Eagle.

Some came alone, driving 24 hours straight across the Plains when they saw news on social media about the swelling protest. Some came in caravans with dozens of friends and relatives. One man walked from Bismarck.

Others finished the journey in canoes. They brought ceremonial pipes, dried sage, eagle-feather headdresses and horses that they ride bareback through the sea of prairie grass. They sleep in tepees, camper trailers and tents, and they sing and drum by firelight at a camp that sits on Army Corps of Engineers land.

On Friday, the federal government announced that it was temporarilyblocking construction of the pipeline at an important river crossing just up the road from the camp.

“We say ‘mni wiconi’: Water is life,” said David Archambault II, the chairman of the Standing Rock Sioux, whose reservation sits just south of the pipeline’s route. “We can’t put it at risk, not for just us, but everybody downstream.”

He added: “We’re looking out for our future, the children who are not even born yet. What is it they will need? It’s water. When we start talking about water, we’re talking about the future generations.”

Here are stories about a few of the people who have come to this remote rolling corner of North Dakota.

U.S. Suspends Construction on Part of North Dakota Pipeline

Cartoons - Eleições americanas 2016


Cartoons de Ruben Bolling em Tom Dancing Bug

"The End of the European Supernation?" - Ana Palacio


Since the eurozone crisis began in 2008, the European Union has, from a political perspective, led an intergovernmental life in supranational clothing. But as the EU prepares to negotiate Britain’s exit, it is becoming increasingly apparent that the Union no longer has any clothes at all. The question now is whether the EU’s status as an enterprise dominated by its member states is permanent.

segunda-feira, 19 de setembro de 2016

"The United Nations should promote the rule of law" - Andy Shen


International agencies and United Nations bodies are increasingly admitting their failings in the international arena. But when will the World Bank do likewise when it comes to Uzbek labour abuses?

As the 71st regular session of the United Nations General Assembly opens today, victims in Uzbekistan and Haiti are waiting to see whether the U.N. will finally address a festering problem that has affected millions around the world: accountability of international organisations for the harms they inflict upon local communities.

Over the past year, the U.N. has been developing a global indicator framework to measure progress on achieving each of the 17 Sustainable Development Goals (SDG). The framework that will be presented for adoption this week, however, is missing a critical piece: an indicator to measure progress under SDG 16 on the accountability of international organisations in the U.N. system for injuries they cause in the countries where they operate.

Although the U.N. recently acknowledged  for the first time that it was involved in the cholera epidemic that has killed more than 10,000 Haitians, it remains to be seen whether it will provide remedies to victims consistent with requirements under international law. The plight of Haitians due to the gross negligence of U.N. peacekeepers has been the most publicised instance of international organisation wrongdoing in recent years, with numerous experts, including the U.N. Special Rapporteur on Extreme Poverty and Human Rights, castigating the U.N. for its unconscionable approach to the problem. Yet there is another case involving gross human rights violations facilitated by an international agency that might be more flagrant and still ongoing but with no resolution in sight.

That case, detailed in a report released today by the International Labour Rights Forum (ILRF), involves allegations that the World Bank is knowingly providing agricultural loans to the government of Uzbekistan that are used to sustain its state-orchestrated system of forced labour in the cotton sector. The report’s analysis is based on the circumstances surrounding a 2013 complaintto the World Bank Inspection Panel, the organisation’s ‘independent accountability mechanism’, by civil society organisations representing Uzbek victims, and the national and international laws applicable to the Bank. The report concludes that the World Bank has been aiding and abetting the Uzbek government’s gross human rights abuses in violation of international law on responsibility of international organisations for financial complicity in international crimes, and could be held liable in U.S. courts for its misconduct.

In the two years since the Inspection Panel recommended against a full investigation of the complaint, and the World Bank decided not to suspend its loans, forced labour violations have continued unabated in Uzbekistan. Civil society monitors estimated over 1 million victims during the 2015 cotton harvest, and recent reports from the field indicate that the government’s policy of systematically mobilising hospital workers, students, and teachers will remain in effect this fall. The findings of the 2015 ILO third-party monitoring report and the 2016 U.S. Trafficking in Persons Report both accord with civil society reports that the Uzbek government is maintaining its forced labour system despite assurances to the World Bank of the contrary.

The U.N.’s apparent shift in policy concerning reparations for Haitian victims demonstrates the power of litigation and advocacy to persuade human rights violators to change their course of action. But should all victims of human rights violations caused or abetted by the U.N. and other international agencies have to resort to lawsuits and public shaming to obtain the reparations they are entitled to under international law? Wouldn’t international organisations be more effective in fulfilling their mission if they promoted the rule of law and respect for human rights not only in the countries in which they operate, but also within their own governance structures?

The international community can make significant progress in achieving effective, accountable, and transparent institutions at all levels by developing and integrating an indicator of progress on accountability that tracks the number of victims of U.N. and U.N. agency-supported projects who receive remedies in accordance with international law. To facilitate collection of this data and advance the rule of law, U.N. member states should establish a U.N.-led monitoring and accountability mechanism with a focus on addressing human rights violations linked to U.N. and World Bank projects or operations. The World Bank may claim that its accountability mechanism is sufficient, but its failure in the case of Uzbekistan demonstrates that comprehensive reform of the Inspection Panel and other measures are needed to ensure that the Bank no longer contributes to the perpetration of human rights abuses in countries where it operates.

The recent passing of the President of Uzbekistan, Islam Karimov, presents the first opportunity for reform in Uzbekistan since its independence 25 years ago. While the prospect of an Uzbek society based on the rule of law is uncertain, it is entirely within the control of the member states of the World Bank to ensure Bank loans do not contribute to human rights violations, and to provide remedies consistent with international law when they do. If U.N. member states sincerely believe that the advancement of the rule of law at the national and international levels is essential for sustainable development, it should be a matter of priority for the U.N. to ensure human rights are respected and the rule of law realised across the whole U.N. system, including at the World Bank.



domingo, 18 de setembro de 2016

"Saving Refugees to Save Europe" - George Soros


The refugee crisis in Europe was already pushing the European Union toward disintegration when, on June 23, it helped drive the British to vote to Brexit the EU. The refugee crisis and the Brexit calamity that it spawned have reinforced xenophobic, nationalist movements that will seek to win a series of upcoming votes– including national elections in France, the Netherlands, and Germany in 2017, a referendum in Hungary on the EU refugee policy on October 2, and a rerun of the Austrian presidential election on December 4.

Rossano Brazzi



"What Searchable Speech Will Do To You" - James Somers


We are going to start recording and automatically transcribing most of what we say. Instead of evaporating into memory, words spoken aloud will calcify as text, into a Record that will be referenced, searched, and mined. It will happen by our standard combination of willing and allowing. It will happen because it can. It will happen sooner than we think.

quarta-feira, 14 de setembro de 2016

Os 50 melhores discos da música brasileira - 32



Isadora Duncan




Isadora Duncan

Lettre de Marcel Proust à Reynaldo Hahn


C’est dans un salon parisien que Reynaldo Hahn fait la connaissance de Marcel Proust, alors qu’il chante ses mélodies en s’accompagnant au piano. Ils deviennent alors amants jusqu’en 1896 puis puis préserveront leur amitié jusqu’à la mort de l’écrivain. Emmanuel Berl écrira ceci : « Reynaldo Hahn a été sans doute un des êtres que Proust a le plus aimés. Quiconque a pu approcher un tant soit peu Reynaldo Hahn le comprend sans peine. Sa conversation avait un grand charme qui ne tenait pas seulement à son talent de musicien et de chanteur, mais à l’étendue de sa culture, à son usage du monde, à un enthousiasme généreux et narquois, dont on subissait aussitôt la contagion, à une disponibilité qui est à la fois un attribut de l’intelligence et une forme de la bonté ». Retour épistolaire sur une relation tendre et tourmentée avec une lettre datant de l’année de leur séparation.

Notre amitié n’a plus le droit de rien dire ici, elle n’est pas assez forte pour cela maintenant. Mais son passé me crée le devoir de ne pas commettre des actes aussi stupides aussi méchants et aussi lâches sans tâcher de réveiller votre conscience et de vous le faire sinon avouer — puisque votre orgueil vous le défend — au moins sentir, ce qui pour votre bien est l’utile. Quand vous m’avez dit que vous restiez à souper ce n’est pas la première preuve d’indifférence que vous me donniez. Mais quand deux heures après, après nous être parlé gentiment, après toute la diversion de vos plaisirs musicaux, sans colère, froidement, vous m’avez dit que vous ne reviendriez pas avec moi, c’est la première preuve de méchanceté que vous m’ayez donné [sic]. Vous aviez facilement sacrifié, comme bien d’autres fois, le désir de me faire plaisir, à votre plaisir qui était de rester à souper. Mais vous l’avez sacrifié à votre orgueil qui était de ne pas paraître désirer rester à souper.

Et comme c’était un dur sacrifice, et que j’en étais la cause, vous avez voulu me le faire chèrement payer. Je dois dire que vous avez pleinement réussi. Mais vous agissez en tout cela comme un insensé. Vous me disiez ce soir que je me repentirais un jour de ce que je vous avais demandé. Je suis loin de vous dire la même chose. Je ne souhaite pas que vous vous repentiez de rien, parce que je ne souhaite pas que vous ayez de la peine, par moi surtout. Mais si je ne le souhaite pas, j’en suis presque sûr.

Malheureux, vous ne comprenez donc pas ces luttes de tous les jours et de tous les soirs où la seule crainte de vous faire de la peine m’arrête. Et vous ne comprenez pas que, malgré moi, quand ce sera l’image d’un Reynaldo qui depuis q.q. temps ne craint plus jamais de me faire de la peine, même le soir, en nous quittant, quand ce sera cette image qui reviendra, je n’aurai plus d’obstacle à opposer à mes désirs et que rien ne pourra plus m’arrêter. Vous ne sentez pas le chemin effrayant que tout cela a fait depuis q.q. temps que je sens combien je suis devenu peu pour vous, non par vengeance, ou rancune, vous pensez que non, n’est-ce pas, et je n’ai pas besoin de vous le dire, mais inconsciemment, parce que ma grande raison d’agit disparaît peu à peu.

Tout aux remords de tant de mauvaises pensées, de tant de aurais et bien lâches projets je serai bien loin de dire que je vaux mieux que vous. Mais au moins au moment même, quand je n’étais pas loin de vous et sous l’empire d’une suggestion quelconque je n’ai jamais hésité entre ce qui pouvait vous faire de la peine et le contraire. Et si q.q. chose m’en faisait et était pour vous un plaisir sérieux comme Reviers, je n’ai jamais hésité.

Pour le reste je ne regrette rien de ce que j’ai fait. J’en arrive à souhaiter que le désir de me faire plaisir ne fut pour rien, fut nul en vous. Sans cela pour que de pareilles misères auxquelles vous êtes plus attaché que vous ne croyez aient pu si souvent l’emporter il faudrait qu’elles aient sur vous un empire que je ne crois pas. Tout cela ne serait que faiblesse, orgueil et pose pour la force. Aussi je ne crois pas tout cela, je crois seulement que de même façon que je vous aime beaucoup moins, vous ne m’aimez plus du tout, et [de ] cela mon cher petit Reynaldo je ne peux pas vous en vouloir.

Et cela ne change rien pour le moment et ne m’empêche pas de vous dire que je vous aime bien tout de même.

Votre petit Marcel étonné malgré tout de voir à ce point —

Que peu de temps suffit à changer toutes choses

et que cela ira de plus en plus vite. Réfléchissez sur tout cela mon petit Blaise et si cela nourrit votre pensée de poète et votre génie de musicien, j’aurai du moins la douceur de penser que je ne vous ai pas [été] inutile […]

Marcel

terça-feira, 13 de setembro de 2016

Natália Correia



Os Namorados Lisboetas

Entre o olival e a vinha
o Tejo líquido jumento
sua solar viola afina
a todo o azul do seu comprimento

tendo por lânguida bainha
barcaças de bacia larga
que possessas de ócio animam
o sol a possuí-las de ilharga.

Sua lata de branca tinta
vai derramando um vapor
precisando a tela marinha
debuxada com os lápis de cor

da liberdade de sermos dois
a máquina de fazer púrpura
que em todas as coisas fermenta
seu tácito sumo de uva.

Natália Correia, in O Vinho e a Lira

Hollywood - Ep 10 : "The Man with a Megaphone"


"Desculpe o transtorno, preciso falar da Clarice"


Conheci ela no jazz. Essa frase pode parecer romântica se você imaginar alguém tocando Cole Porter num subsolo esfumaçado de Nova York. Mas o jazz em questão era aquela aula de dança que todas as garotas faziam nos anos 1990 –onde ouvia-se tudo menos jazz. Ela fazia jazz. Minha irmã fazia jazz. Eu não fazia jazz mas ia buscar minha irmã no jazz. Ela estava lá. Dançando. Nunca vou me esquecer: a música era "You Oughta Know", da Alanis.

Quando as meninas se jogavam no chão, ela ficava no alto. Quando iam pra ponta dos pés, ela caía de joelhos. Quando se atiravam pro lado, trombavam com ela que se lançava pro lado oposto. Os olhos, sempre imensos e verdes, deixavam claro que ela não fazia ideia do que estava fazendo. Foi paixão à primeira vista. Só pra mim, acho.

Passamos algumas madrugadas conversando no ICQ ao som de Blink 182 e Goo Goo Dolls. De lá, migramos pro MSN. Do MSN pro Orkut, do Orkut pro inbox, do inbox pro SMS.


Começamos a namorar quando ela tinha 20 e eu 23, mas parecia que a vida começava ali. Vimos todas as séries. Algumas várias vezes. Fizemos todas as receitas existentes de risoto. Queimamos algumas panelas de comida porque a conversa tava boa. Escolhemos móveis sem pesquisar se eles passavam pela porta. Escrevemos juntos séries, peças de teatro, filmes. Fizemos uma dúzia de amigos novos e junto com eles o Porta dos Fundos. Fizemos mais de 50 curtas só nós dois —acabei de contar. Sofremos com os haters, rimos com os shippers. Viajamos o mundo dividindo o fone de ouvido. Das dez músicas que mais gosto, sete foi ela que me mostrou. As outras três foi ela que compôs. Aprendi o que era feminismo e também o que era cisgênero, gas lighting, heteronormatividade, mansplaining e outras palavras que o Word tá sublinhando de vermelho porque o Word não teve a sorte de ser casado com ela.

Um dia, terminamos. E não foi fácil. Choramos mais que no final de "How I Met Your Mother". Mais que no começo de "Up". Até hoje, não tem um lugar que eu vá em que alguém não diga, em algum momento: cadê ela? Parece que, pra sempre, ela vai fazer falta. Se ao menos a gente tivesse tido um filho, eu penso. Levaria pra sempre ela comigo.

Essa semana, pela primeira vez, vi o filme que a gente fez juntos —não por acaso uma história de amor. Achei que fosse chorar tudo de novo. E o que me deu foi uma felicidade muito profunda de ter vivido um grande amor na vida. E de ter esse amor documentado num filme —e em tantos vídeos, músicas e crônicas. Não falta nada.